SAO

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Selon la tradition de la région du lac Tchad, les Sao auraient été des géants dotés d'une force prodigieuse. Tous les récits font venir ce peuple de l'est et l'associent à des réminiscences bibliques. En 930, Ibn Hawqal signale l'existence des Sao au sud du lac Tchad, dans la zone située entre le Chari et la Komadougou Yobé. En 970, ils sont installés à Minntour, la plus ancienne cité sao du Bornou avec Ndofou.

À partir du milieu du xie siècle, ils exercent leur hégémonie sur toute la région. Les relations avec le Kanem voisin semblent bonnes jusqu'au xive siècle, où quatre souverains de ce pays périssent dans des guerres menées contre eux. Mais au xve siècle, le Kanem triomphe. Son maï (roi), Idriss Alaoma, vient à bout des Sao Ngafata en détruisant arbres et récoltes. Ils sont battus, emmenés en esclavage ; leurs villes sont détruites. Les Sao Tatala se réfugient dans les îles méridionales du lac. Les Sao Dougouti sont déportés au Kanem. Au sud, les fuyards fondent Doulo au nord-est de Mora, Fadaré au nord-ouest de Maroua, quelques-uns parvenant même au-delà de la Bénoué. Progressivement, ces survivants sont absorbés par les Kotoko, avec lesquels ils fusionnent. À partir du xvie siècle, on peut considérer que les Sao ont disparu en tant que peuple. Mais, aujourd'hui encore, Kotobo, Boudouma et Bilala revendiquent une filiation avec cette population.

Plusieurs centaines de sites archéologiques ont été repérés par J.-P. Lebeuf. De nombreux cimetières ont été découverts. Les Sao y enterraient leurs morts dans de gigantesques urnes en terre cuite. Ils semblent avoir également fabriqué une monnaie en terre cuite. On a retrouvé des pipes, des poids de filet, des engins de chasse, des bracelets, toujours en terre cuite. Mais ce qui frappe le plus dans l'art sao, ce sont les représentations humaines et animales. Porcs-épics, hippopotames, lézards sont légion sur les sites de fouilles. Les figurines humaines, souvent limitées à la tête, ont un style qu'on ne retrouve nulle part ailleurs en Afrique noire. D'une extrême simplicité, ces poteries ont certainement eu des fonctions religieuses. L'art du métal a été pratiqué, mais les vestiges en sont rares. Bijoux de bronze ou de cuivre trouvés dans les urnes funéraires, anneaux d'oreilles et de chevilles, bracelets, colliers, bagues, grains d'enfilage, labrets, boutons sont éclipsés par d'admirables pendentifs souvent zoomorphes : tête de gazelle, canard, crocodile.

—  Alfred FIERRO

Écrit par :

  • : archiviste-paléographe, conservateur à la Bibliothèque nationale

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Pour citer l’article

Alfred FIERRO, « SAO », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/sao/