ROSCELIN DE COMPIÈGNE (1050 env.-apr. 1120)

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Philosophe, maître en Écriture sainte de la fin du xie siècle et du début du xiie, auteur d'une doctrine nominaliste qui le fit accuser de nier l'unité divine. Roscelin commence par enseigner la dialectique, avec grand succès, à Compiègne où il a dû naître. Ses rapports avec Lanfranc, Anselme d'Aoste, Yves de Chartres sont mal connus et, en l'absence de ses œuvres, sa doctrine ne l'est guère davantage. Des recoupements sont cependant possibles entre ce qu'il en dit lui-même dans une lettre à Abélard et les critiques qu'en ont laissées, également en des lettres, plusieurs contemporains, dont Anselme. Au concile de Soissons, en 1092, il évite d'être condamné en rejetant l'accusation de trithéisme portée contre lui, et il peut continuer à enseigner, à Tours, à Loches, où il a Abélard pour élève, à Besançon, etc. A-t-il réellement institué, comme le prétendra Otto de Freising, la sententia vocum, c'est-à-dire la solution antiréaliste, dite nominaliste, du problème des universaux qui occupe alors plus d'un dialecticien et envahit le champ de l'étude sacrée ? À la question soulevée par l'Isagoge de Porphyre : genres et espèces sont-ils des réalités subsistantes (res) ou de simples conceptions de l'esprit traduites par des mots (voces) ? il aurait répondu que seul l'individu est réel, l'idée générale (grand, homme) n'étant qu'un mot ou un nom ; de là viendrait le terme de nominalisme qui couvrira les nuances, assez riches, de cette position. Or, l'une des premières conséquences d'une telle position, dans la doctrine sacrée, est qu'il n'y a pas de substance commune aux trois personnes de la Trinité, puisque seul l'individu, c'est-à-dire la personne, subsiste. Ainsi s'expliquent l'affirmation de trois substances divines distinctes, auxquelles Roscelin reconnaît cependant même volonté et même puissance, et l'accusation de trithéisme. S'il n'y avait qu'une substance en Dieu (tel apparaît l'un des arguments de Roscelin), le Père et l'Esprit se seraient incarnés avec le Fils. Si imprécise que demeure pour nous sa doctrine, Roscelin manifeste, à sa manière, la pénétration de l'art dialectique dans l'étude sacrée à la fin du xie siècle, et certaines de ses conséquences, bientôt amplifiées par son élève Abélard. Il meurt après avoir séjourné à Rome et en Angleterre.

—  André CANTIN

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André CANTIN, « ROSCELIN DE COMPIÈGNE (1050 env.-apr. 1120) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/roscelin-de-compiegne/