ROME, NAPLES ET FLORENCE, StendhalFiche de lecture

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Un « recueil de sensations »

Résolument décousu et subjectif, Rome, Naples et Florence n'a rien d'un guide touristique. À de rares exceptions près, les paysages sont négligés et, dans les villes, les descriptions et les explications restent le plus souvent succinctes, évasives, quand elles ne sont pas purement et simplement absentes. De plus, certains lieux évoqués (Crotone, la Calabre, Paestum) n'ont jamais reçu la visite de l'auteur. Répugnant à s'attarder sur des sites, des monuments, des œuvres, déjà maintes fois dépeints, Stendhal n'a aucun scrupule à balayer les éventuelles demandes de détails : « ce n'est pas le lieu d'en parler », « il y aurait trop à dire »…

En revanche, il s'attache à restituer l'« esprit » de la ville, mais en l'incarnant, à travers les mœurs de ses habitants. Aussitôt arrivé, il s'immerge dans le milieu qu'il est le mieux à même de comprendre parce qu'il lui est familier dans son propre pays : celui de notables cultivés, saisis dans leurs décors de prédilection que sont les théâtres et les salons. Observateur attentif, souvent ironique, jamais avare de jugements, Stendhal décrit cependant moins qu'il ne crée une Italie rêvée où il se reconnaît et en même temps qui le façonne. Deux phrases pourraient résumer ce double mouvement : « La vraie patrie est celle où l'on rencontre le plus de gens qui vous ressemblent » ; « Mes voyages en Italie me rendent plus original, plus moi-même. »

On pourrait dire que Rome, Naples et Florence poursuit et peut-être achève l'évolution du récit de voyage entamée par Chateaubriand dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem. Pour Stendhal, fidèle en cela à son « programme » égotiste, plaçant la sensibilité voire la sensualité au-dessus de tout, le voyage en Italie est avant tout une quête de soi, comme homme et comme écrivain. Le livre initiatique qu'il en tire dessine en creux un autoportrait tout en élaborant, non sans contradictions parfois, un art de vivre et un art poétique. Passion, énergie, naturel… Voilà les clés du bonheur, voilà l'italianité selon Stendhal. D'où l'opposition, au cœur du pays lui-même, entre l'ardeur milanaise, bolognaise, napolitaine (« Tout Naples est ivre de bonheur ») et la froide raison romaine et florentine (« Je cherche en vain dans l'histoire du dernier siècle un trait de passion dont la scène soit en Toscane ») ; opposition, transposée par ailleurs, sur un plan plus politique que national, entre l’occupation française (c'est-à-dire, ici, napoléonienne) et autrichienne : « Quatorze années du despotisme d'un homme de génie ont fait de Milan […] la capitale intellectuelle de l'Italie. Malgré la police autrichienne, aujourd'hui, en 1816, on imprime dix fois plus à Milan qu'à Florence… » Ce qui le séduit par-dessus tout dans la capitale lombarde, « … c'est le naturel dans les manières, c'est la bonhomie, c'est le grand art d'être heureux… » Un naturel qui trouve un écho dans le dilettantisme et la désinvolture (deux grands traits stendhaliens) d'un journal écrit au fil des jours et au gré des états d'âme, librement improvisé, tel qu'en témoigne, par exemple, son préambule ironique à l'histoire de la princesse Santa Valle ‒ « qui du reste est imprimée partout, et que le lecteur est engagé à passer, s'il la connaît » !

Pour Stendhal, ces valeurs éthiques et esthétiques qui caractériseront, d'une façon ou d'une autre et son écriture romanesque et ses héros eux-mêmes ne prennent tout leur sens que sous-tendues par la passion amoureuse, au sens large : amour des arts, amour des femmes… tous deux omniprésents dans Naples, Rome et Florence. Le voyage en Italie n'est pas seulement le décor idéal ‒ et réel du point de vue biographique ‒ de la rencontre amoureuse, il est LA rencontre amoureuse par excellence, décisive et, comme le modèle de toutes les autres passées et à venir, vécues et romancées. Ce n'est pas un hasard si, de la version de 1817 à celle de 1826, le livre s'enrichit de nombreuses « anecdotes d'amour » rapportées (histoire de Zilietti et Gina, histoire du comte Vitelleschi, histoire des amours du marquis N*** et de la Violantina, histoire de Mme Lepri…), qui ravissent leur auditeur : « J'aime à la folie les contes qui peignent les mouvements du cœur humain, bien en détail, et je suis tout oreille. » Sans pouvoir être véritablement tenues pour des mat [...]

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Guy BELZANE, « ROME, NAPLES ET FLORENCE, Stendhal - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rome-naples-et-florence/