PROCTOR ROBERT N. (1954- )

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L'historien des sciences Robert N. Proctor est né en 1954 à Corpus Christi au Texas. Il est surtout connu en France pour son travail sur les liens entre science et industrie du tabac, ce qui ne constitue cependant qu’une partie de ses recherches. Proctor, en effet, appartient à cette lignée d’historiens des sciences américains qui se sont consacrés à décrypter les relations tissées entre scientifiques et différents acteurs de la société – le monde industriel en particulier – et à démontrer que le scientifique est un acteur social. On lui doit l’introduction d’une notion essentielle, la fabrique du doute ou agnotologie, dont le domaine s’étend de l’activité de nombreux lobbys aux fake news.

Robert Neel Proctor

Photographie : Robert Neel Proctor

Robert N. Proctor est professeur d'histoire des sciences à l'université Stanford (Californie), historien des sciences et expert scientifique auprès des tribunaux américains dans les procès du tabac. 

Crédits : Robert N. Proctor

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Proctor a grandi à Kansas City dans le Missouri ainsi que dans l’Indiana. Il étudie la biologie et la chimie à l’université de Bloomington dans l’Indiana, et obtient son doctorat à Harvard en 1984. Sa thèse, sur « La politique de la pureté : origines de l’idéal de “science pure” » décrit l’histoire de l’idée de neutralité scientifique, en particulier dans le contexte de la théorie sociale allemande, entre les années 1870 et 1920. Une version en a été publiée en 1991 sous le titre Value-Free Science ? Purity and Power in Modern Knowledge. Enseignant à Harvard dans les départements de biologie, d’histoire des sciences et d’études afro-américaines, il donne, dès 1977, avec Ruth Hubbard, Richard Lewontin et Stephen Jay Gould, un cours intitulé « Social Issues of Biology », dont il dira qu’il lui a permis d’enseigner « bien des choses qui avaient été jusque-là exclues de l’histoire de sciences et qui montraient de manière éclatante à quel point le monde de la science était compartimenté ». C’est un véritable style de recherche qui se dessine alors, marqué par l’attention à ce qui passe souvent inaperçu ou qui est tu, aux angles morts de la connaissance. Aucun texte ne révèle sans doute davantage la personnalité de Proctor qu’une interview de 2001 où il confesse sa passion d’enfance pour les agates, qu’il collectionne toujours et qu’il taille : partout différents, moins prisés que les diamants pourtant beaucoup plus uniformes, ces « poèmes minéraux » passent très facilement inaperçus du promeneur, qui n’y verra que des « cailloux » dans le lit des rivières.

De 1990 à 2004, il est professeur au département d’histoire de l’université de Pennsylvanie où il cofonde et codirige le centre Science, Medicine and Technology in Culture. Il est depuis 2004 professeur d’histoire des sciences à Stanford (Californie) et a été professeur invité dans plusieurs universités étrangères, notamment allemandes.

Son travail couvre un large domaine, l’histoire de la médecine étant le point commun des premières publications. Racial Hygiene : Medicine Under the Nazis (1988) étudie la médecine et la politique scientifique sous le régime nazi, en particulier l’influence des valeurs politiques sur la pratique de la science. En effet, au sein de la communauté scientifique, des médecins, des chercheurs ont joué un rôle important en concevant et en mettant en œuvre un certain nombre d’éléments de la politique nationale-socialiste (stérilisation, castration, destruction des vies « indignes d’être vécues »…). Cancer Wars (1995) étudie l’histoire de la connaissance du cancer et des politiques de lutte contre cette pathologie. L’ouvrage explore les controverses autour des différentes hypothèses causales, et contient une première version des thèses de l’auteur sur l’ignorance produite, apparentes dès le sous-titre : « Comment nos politiques façonnent ce que nous savons et ce que nous ne savons pas sur le cancer. » The Nazi War on Cancer (1999), analyse un aspect méconnu de l’histoire du xxe siècle, la lutte du régime nazi contre le cancer, qui s’est traduite par des interdictions du tabac et d’autres cancérigènes bien antérieures à celles d’autres pays.

Proctor est surtout reconnu, au-delà du champ des historiens des sciences, pour ses travaux sur la « production de l’ignorance », ou encore « agnotologie », terme qu’il a forgé. Le programme en était clairement posé dans Cancer Wars, mais il se transforme en enquête commune au début des années 2000, à travers une série de colloques à l’université de Pennsylvanie et à Stanford. L’ouvrage collectif Agnotology : The Making and Unmaking of Ignoranc [...]

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Écrit par :

  • : maître de conférences, département de philosophie de l'École normale supérieure, Paris ; directeur du Centre d'archives en philosophie, histoire et édition des sciences, CNRS - École normale supérieure

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AGNOTOLOGIE

  • Écrit par 
  • Mathias GIREL
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Le terme « agnotologie » a été introduit par l’historien des sciences Robert N. Proctor (université de Stanford) pour désigner l’étude de l’ignorance et, au-delà de ce sens général, la « production culturelle de l’ignorance ». Si son usage académique semble assez circonscrit à la philosophie, l’histoire et la sociologie des sciences, il a largement essaimé vers le débat public et la presse dès 2 […] Lire la suite

Pour citer l’article

Mathias GIREL, « PROCTOR ROBERT N. (1954- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-n-proctor/