BONINGTON RICHARD PARKES (1802-1828)

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Peintre anglais, contemporain de la grande génération de peintres romantiques français, Bonington exerça sur elle une influence originale et considérable, et contribua plus que personne à l'initier aux formules de la peinture romantique anglaise, mises au point un quart de siècle plus tôt par Constable, Turner et Lawrence. L'essentiel de sa courte et éclatante carrière se déroule à Paris, entre 1818 et 1828, quand la « bataille » romantique a pour cadre les grands Salons de la Restauration. Un peintre français formé en Angleterre, François-Louis-Thomas Francia (1772-1839), lui a auparavant appris, à Calais en 1817, la technique anglaise de l'aquarelle et les recettes éprouvées du paysage pittoresque telles que l'avaient pratiqué Varley, Cotman, Girtin surtout. Muni de cet enseignement, Bonington se rend à Paris l'année suivante, fréquente assidûment le Louvre, entre en 1820 à l'École des beaux-arts, à l'atelier de Gros, où il demeure jusqu'en 1822. Loin de se convertir au néo-classicisme exténué de l'École (c'est l'époque où Gros, chargé par David — exilé — de maintenir la discipline classique, répudie ses propres dons de coloriste), il participe au mouvement actif de rénovation de la peinture entrepris par Géricault, mais il le fait de manière très différente. Le Radeau de la Méduse venait, au Salon de 1819, de marquer un ardent retour à l'étude du réel, au culte de l'énergie, à la plénitude de la peinture. Bonington possède aussi le goût de la nature, et peindre est aussi un délice pour lui, mais son imagination fuit les sujets brutaux, les compositions dramatiques, les puissants effets de clair-obscur chers à Géricault. Auprès de ces grandes machines qui poursuivent, en la rénovant, la tradition de David et des peintres de l'épopée impériale, il ouvre au romantisme une direction plus riante et plus facile, au moins en apparence, avec ses petits tableaux de chevalet à sujets contemporains ou historiques, où le style troubadour de la fin du xviiie siècle se dépouille de son sentimentalisme, se purifie et s'exalte dans la couleur pure, l'effet brillant et comme fleuri. Bonington ne se défend ni de la virtuosité ni de l'anecdote : il les transcende, il en fait un style (Don Quichotte, env. 1824-1825, Castle Museum, Nottingham ; Le Chibouk, National Gallery of Ireland, Dublin ; Anne d'Autriche et Mazarin, 1828, Louvre). Pour les romantiques des années 1820, en particulier pour Delacroix, cette poésie toute gratuite, ce plaisir aigu de l'œil furent une contrepartie au génie sévère et « engagé » de Géricault.

Camp de Gitans, R. P. Bonington

Photographie : Camp de Gitans, R. P. Bonington

Richard Parkes BONINGTON, Camp de Gitans. Atkinson Art Gallery, Southport, Royaume-Uni. 

Crédits : Bridgeman Images

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Don Quichotte, R. P. Bonington

Photographie : Don Quichotte, R. P. Bonington

Richard Parkes BONINGTON, Don Quichotte, env. 1824-1825, huile sur toile. Castle Museum and Art Gallery, Nottingham, Royaume-Uni. 

Crédits : Bridgeman Images

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Les paysages de Bonington précédèrent en France la grande révélation de Constable au Salon de 1824. On y retrouve l'écriture de virtuose, les taches vives, les tons éclatants, qui caractérisent ses tableaux de genre, mais cette fois appliqués à l'étude de la nature. Bonington s'approprie les plus charmants aspects du paysage pittoresque romantique, mais il ne va pas jusqu'à en adopter les poncifs. S'il se plaît à faire saillir les détails pittoresques, il les enveloppe toujours dans une atmosphère argentée, dans le jeu subtil des reflets et des valeurs. Cette sensibilité à l'atmosphère et à la lumière s'exprime à merveille dans ses aquarelles, souvent rehaussées de vernis, et dans les peintures à l'huile qui en imitent le précieux, la transparence, le fragile éclat. La vision de Bonington donne sa mesure, plus que dans les représentations de villes médiévales, dans les paysages purs de Normandie (Vue des côtes normandes, 1823-1824, Louvre) et surtout dans ceux qu'il peint au cours d'un voyage à Venise en 1826 (Vue de l'Adriatique, Louvre ; Quai des Esclavons à Venise, Louvre). Tout en s'inscrivant dans la tradition du paysage anglais, ces tableaux se distinguent de l'éclectisme de l'Old Water Colour Society comme du robuste naturalisme de Constable et de l'imagination visionnaire de Turner : l'équilibre parfait du sentiment lyrique, d'une observation merveilleusement sensible et d'une manière légère et brillante, y est toujours la marque propre de Bonington.

Dès son passage à l'atelier de Gros, son influence s'exerça sur ses camarades (Paul Huet, Roqueplan, Isabey, Charlet, Barye). Delacroix devint son ami probablement en 1820 ; il lui voua un culte, et les emprunts qu'il lui fit allèrent jusqu'au pillage. Ils travaillèrent souvent ensemble, notamment lors de leur séjour commun à Londres en 1825 ; ils partagèrent un temps le même atelier après leur retour à Paris. La jeunesse fut fascinée par ce génie si indépendant, si sûr de lui. Il fut imité par les peintres d'anecdotes historiques et par les paysagistes, que son exemple contribua peut-être plus que celui de Constable à délivrer du paysage néo-classique. « Avec Bonington, écrit Sainte-Beuve, un rayon clair et lumineux, une lumière légère vint baigner et inonder les ciels des marines et des paysages. ». Son rôle est également important dans le domaine de l'estampe, alors en plein renouvellement technique et stylistique. Il collabora aux grandes entreprises de la gravure romantique, notamment au volume Normandie des Voyages pittoresques dans l'ancienne France de Taylor, Nodier et Cayeux. Il avait fait également quelques essais d'eau-forte lorsque la mort l'emporta. Son influence n'en est pas moins sensible dans la lithographie de paysage et de genre, à l'image de ce qu'elle avait été dans la peinture et l'aquarelle.

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Camp de Gitans, R. P. Bonington

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  • Écrit par 
  • Barthélémy JOBERT
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Dans le chapitre « Le peintre romantique »  : […] La vocation artistique de Delacroix s'est manifestée assez tôt, dès ses années de collège, peut-être cristallisée par l'exceptionnel rassemblement d'œuvres d'art visibles alors au Louvre. Il entra dans l'atelier de Pierre-Narcisse Guérin en 1816, et les deux ou trois années de formation qui suivirent ont sans aucun doute été déterminantes. Son apprentissage a été celui d'un peintre classique. Il […] Lire la suite

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Pierre GEORGEL, « BONINGTON RICHARD PARKES - (1802-1828) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/richard-parkes-bonington/