RESTAURATION (peinture et sculpture)

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« La restauration constitue le moment méthodologique de la reconnaissance de l'œuvre d'art dans sa consistance physique et sa double polarité esthétique et historique en vue de sa transmission au futur », écrit Cesare Brandi dans sa Teoria del restauro (1963).

Cette citation, si souvent mise en exergue depuis que Brandi a renouvelé la pensée théorique et pratique de la restauration, montre combien cette notion a évolué dans les années 1960, passant d'une action technique et matérielle à une conception quasi philosophique de l'approche de l'œuvre en tant qu'objet matériel chargé de sens. Ainsi, la restauration porte sur la matérialité de l'objet en tenant compte de son aspect vulnérable et irremplaçable, porteur de messages qui évoluent et se transforment à chaque époque ; elle a pour finalité de participer à la transmission du patrimoine aux générations futures.

La restauration s'inscrit dans une démarche plus large de conservation-restauration. Elle ne présente pas une action isolée, mais constitue bien un des maillons de la chaîne opératoire qui comprend la conservation préventive (mesures sur l'environnement), la conservation curative (action directe sur l'objet pour arrêter une dégradation) et la restauration elle-même. Depuis les années 2000, les instances internationales se sont employées à établir une terminologie commune permettant de préciser la portée et les limites de chaque action. Ainsi, la résolution adoptée par l'International Council of Museums-Committee for Conservation (I.C.O.M.-C.C.) à l'occasion de la XVe conférence triennale à New-Delhi (2008), propose la définition suivante pour le terme restauration : « L'ensemble des actions directement entreprises sur un bien culturel, singulier et en état stable, ayant pour objectif d'en améliorer l'appréciation, la compréhension, et l'usage. Ces actions ne sont mises en œuvre que lorsque le bien a perdu une part de sa signification ou de sa fonction du fait de détériorations ou de remaniements passés. Elles se fondent sur le respect des matériaux originaux. Le plus souvent, de telles actions modifient l'apparence du bien. »

C'est aux spécialistes de la restauration, dûment formés, que revient la responsabilité d'intervenir physiquement sur la matière de l'objet. Cette intervention vise à retrouver un état aussi proche que possible de l'original en vue de faciliter la lecture de l'objet. Il est évident qu'elle change l'aspect de l'œuvre et que cette transformation doit être rendue accessible, voire expliquée au public. L'œuvre possède elle-même sa propre temporalité répondant au temps historique, au temps de l'utilisation, au temps de l'acquisition suivi du temps de la réception. La prudence s'impose donc par rapport à notre propre temporalité. Il va sans dire que la notion de bien culturel s'étend à tous les champs patrimoniaux retenus comme témoins esthétiques, historiques et sociologiques des civilisations passées ou présentes.

Pour ce qui est des peintures et des sculptures, les matériaux, de même que les techniques de mise en œuvre, sont nombreux : par exemple, on trouve comme support à un tableau de chevalet, le bois et la toile, mais aussi le marbre ou le cuivre, la couche picturale elle-même réalisée a tempera, à l'huile, vernie ou pas. Quant aux sculptures, les matériaux qui les composent offrent la même diversité : la pierre, la terre cuite, le plâtre, le bronze et leur mise en œuvre – modelage, moulage, taille, fonte, etc. Autant de problématiques de restauration différentes !

Évolution du concept de restauration à partir du XVIIIe siècle

De tous temps, le patrimoine a fait l'objet de soins constants. Un jugement trop rapide sur eux ne permet pas une analyse critique et historique complète de la façon dont chaque époque a conçu l'entretien de son patrimoine. En effet, il faut comprendre que le caractère utilitaire de l'objet modifié pour cause de changement d'usage ou du tableau dont le format est réduit pour s'adapter à la boiserie prime alors, sans que pour autant le goût pour l'objet en soit diminué. Les artistes eux-mêmes apportent leur concours ; certains en ont fait une spécialité comme Guerchin en Italie ou les peintres des Bâtiments du roi au xviie siècle en France. De même, le goût de la composition achevée a souvent conduit les sculpteurs à remplacer les parties manquantes. Par exemple, le gladiateur Borghese du musée du Louvre ou le [...]

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Victoire de Samothrace

Victoire de Samothrace
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Vénus et l'Amour de Luca Penni, en cours de nettoyage

Vénus et l'Amour de Luca Penni, en cours de nettoyage
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Sculpture en cours de nettoyage

Sculpture en cours de nettoyage
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Retable de l'Annonciation de Pierre de Wissant, Les Six Apôtres

Retable de l'Annonciation de Pierre de Wissant, Les Six Apôtres
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Écrit par :

  • : conservatrice générale du patrimoine, chef du département restauration du Centre de recherche et de restauration des musées de France

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Pour citer l’article

Béatrice SARRAZIN, « RESTAURATION (peinture et sculpture) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/restauration-peinture-et-sculpture/