ZAUGG RÉMY (1943-2005)

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Peintre, Rémy Zaugg l'était au plein sens du terme. Et aussi, à l'occasion, sculpteur. Mais il s'était également fait connaître en travaillant à des projets d'urbanisme, en collaborant avec des architectes, et surtout, ce qui est moins fréquent, en scénographiant des expositions. Certes, dès lors qu'il s'agit d'exposer son œuvre, un artiste se transforme peu ou prou en commissaire et, en général, a son mot à dire sur l'accrochage. Zaugg est allé plus loin, en considérant ce dernier comme l'un des beaux-arts.

Né en 1943 à Courgenay, dans le Jura suisse, Rémy Zaugg vivait et travaillait tantôt en Suisse, à Bâle, tantôt en France, à Pfastatt, dans la banlieue nord-ouest de Mulhouse. Il est mort le 23 août 2005 à Bâle, à l'âge de soixante-deux ans, et a été enterré à Porrentruy. Pendant ses dernières années, nombre de visiteurs étaient venus le rencontrer dans son atelier, installé près d'une usine et prolongé d'un jardin que les entours industriels ne semblaient guère affecter.

L'artiste suisse s'était focalisé sur les questions relatives à la perception, en particulier visuelle. Entre 1963 et 1968, il exécute vingt-sept esquisses à partir de La Maison du pendu (1873) de Cézanne, qu'il décortique en autant d'approches perceptives. Le but est d'obtenir chez le spectateur un accroissement du champ visuel. Dans cette optique, il était logique qu'un jour Zaugg rejoigne Klee, qui parlait de « rendre visible l'invisible ». Il le fera en installant au Zentrum Paul Klee de Berne, consacré depuis 2005 à cet artiste, quatre peintures de grand format, qui se proposent, chacune, comme une méditation originale sur le passage de l'invisible au visible.

Un même souci guide Rémy Zaugg dès lors qu'il est sollicité pour mettre en scène une exposition. En 1991, il est responsable de la rétrospective Giacometti au musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Directrice de l'institution, Suzanne Pagé évoque l'expérience en ces termes : « Au moment où j'ai travaillé avec l'artiste suisse Rémy Zaugg, je lui ai demandé de m'accompagner dans l'exposition [...] que je préparais. Jusqu'ici, les accrochages que j'avais vus [...] étaient élégamment équilibrés. Nous, nous avons placé ses petites sculptures dans un très grand espace. Le frère de Giacometti, Bruno, qui est architecte, était stupéfait lors du vernissage [...] car cette idée avait précisément été celle d'Alberto Giacometti, à qui on avait refusé d'installer dans un grand hall les petites sculptures qu'il avait transportées dans sa poche. » En inversant le rapport traditionnel de dimension entre sculpture et présentoir, le commissaire Zaugg avait su donner à voir un nouveau Giacometti. Ce même travail de présentation, il le mène à bien avec les architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron, lorsqu'il conçoit, quatre ans plus tard, leur exposition au Centre Georges-Pompidou à Paris.

Quant aux peintures de Zaugg, elles prennent la forme de tableaux-textes. Moins philosophe que son contemporain le conceptuel américain Joseph Kosuth, Zaugg compose, souvent sur de larges surfaces monochromes, des alliances de mots poussant l'imagination vers des horizons insoupçonnés. Libellés en anglais, en allemand, plus rarement en français, ces messages en capitales se suivent sur plusieurs lignes, ainsi : REGARDE/ TU N'ES/ PEUT-ÊTRE/ PAS ICI. Sa méthode consiste à fixer un certain nombre de mots sur une plaque métallique, en établissant un camaïeu entre texte et fond – texte blanc, plaque gris perle. Il arrive au contraire que, dans le but de provoquer une réaction visuelle, les couleurs soient choisies en fonction de leur pouvoir de contraste ou de leur supposée incompatibilité (l'association rouge et bleu). L'artiste prend soin de n'utiliser que des couleurs industrielles, nombre de ses œuvres étant fabriquées à base d'aluminium, de peinture au pistolet, de sérigraphie et de vernis transparent.

Zaugg avait développé une activité d'écriture, moins connue mais tout aussi exigeante. Il notait ainsi dans les Cahiers du Musée national d'art moderne, dès 1988 : « [L'œuvre] ne peut et ne veut plus faire partie d'un autel ou d'un retable [...]. Elle voudrait être là, face à l'homme. En secret, elle rêve d'un lieu idéal où être pour qui voudrait la percevoir et [...] s'expliquer avec elle. »

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  • Simon TEXIER
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Hervé GAUVILLE, « ZAUGG RÉMY - (1943-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/remy-zaugg/