PREMADASA RANASINGHE (1924-1993)

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La carrière de Ranasinghe Premadasa incarne l'émergence d'une classe politique n'appartenant pas à l'establishment anglophone, qui monopolisait le pouvoir à Sri Lanka depuis l'indépendance.

Issu d'une famille modeste de bouddhistes cinghalais des quartiers populaires de Colombo, appartenant à une caste de bas statut social, il bénéficia d'une éducation soignée dans un collège privé, puis s'engagea très jeune dans l'action sociale et politique dans les milieux déshérités de la capitale, à la suite d'Alexander Ekanayake Goonesinghe, l'un des fondateurs du mouvement syndical et d'un éphémère Parti travailliste.

Élu au conseil municipal de Colombo en 1950, il en devint le maire adjoint en 1955, à l'âge de trente et un ans, puis rejoignit le parti conservateur au pouvoir (United National Party, U.N.P.), qui le présenta sans succès aux élections parlementaires de 1956 contre le principal leader du parti marxiste Lanka Sama Samaja Party (L.S.S.P.). Il joua un rôle important pour dynamiser l'U.N.P. battu en 1956, en lui constituant une clientèle populaire et en cherchant à détacher de Solomon W. R. D. Bandaranaike, vainqueur des élections, les milieux bouddhistes qui avaient assuré son succès. Député de Colombo en 1960, puis constamment réélu après 1965, il devint ministre des Affaires locales en 1968. Après le succès électoral de Sirimavo Bandaranaike en 1970, il fut choisi par le nouveau leader de l'opposition, Junius Richard Jayawardene, comme chef de file parlementaire (whip) en raison de ses talents de débatteur et d'organisateur. À l'issue de la victoire écrasante de l'U.N.P. aux élections de 1977, Jayawardene fit de Ranasinghe Premadasa son ministre du Logement et des Affaires locales, puis son Premier ministre lorsque le régime présidentiel fut institué en 1978. L'homme répondait au choix fait par la grande bourgeoisie d'une stratégie populiste ; il en incarnait aussi les dérives démagogiques.

Sirimavo Bandaranaike, 1960

Photographie : Sirimavo Bandaranaike, 1960

Sirimavo Bandaranaike, la veuve du Premier ministre ceylanais assassiné, fait campagne en 1960 à la tête du Sri Lanka Freedom Party (S.L.F.P.), parti dont son époux était le leader. Vainqueur des élections, elle sera nommée Premier ministre. 

Crédits : Hulton Getty

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Travailleur infatigable, Ramasinghe Premadasa entreprit de bâtir sa popularité sur de grands projets de rénovation rurale (gam udawa) destinés à l'habitat des plus défavorisés, tout en appuyant la politique de libéralisation, qui lui constituait une clientèle auprès d'une classe de nouveaux entrepreneurs (les mudalāli) dont il était proche. Mais il ne sut pas ou ne voulut pas empêcher les massacres de Tamouls perpétrés en juillet 1983 par des hommes de main liés au pouvoir, qui valurent aux séparatistes tamouls l'appui de l'Inde et une audience internationale. Quand, pour mettre un terme à la crise, le président Jayawardene se résigna à conclure un accord avec l'Inde en juillet 1987, Ramasinghe Premadasa manifesta sa désapprobation. Cette position sauvegarda son image dans les milieux nationalistes et il remporta de justesse contre Sirimavo Bandaranaike l'élection présidentielle de décembre 1988, à laquelle Jayawardene ne se représentait pas.

Confronté à la fois au conflit séparatiste tamoul, à l'intervention militaire indienne, censée y mettre fin, et à l'insurrection déclenchée dans le Sud par le mouvement ultranationaliste cinghalais du Janata Vimukthi Peramuna (J.V.P.), hostile aux Indiens, Ramasinghe Premadasa fit preuve d'une détermination implacable. Il écrasa d'abord le J.V.P. en 1989, en employant des escadrons de la mort qui firent plusieurs dizaines de milliers de victimes dans la jeunesse cinghalaise du Sud. Puis il réclama et obtint en 1990 le retrait de l'armée indienne, engagea des pourparlers avec les Liberation Tigers of Tamil Eelam (L.T.T.E.), la principale organisation séparatiste, et relança une politique sociale abandonnée par son prédécesseur (programme Janasaviya de lutte contre la pauvreté), pour détacher les masses de l'influence du J.V.P. Cette stratégie lui permit de concentrer entre ses mains l'essentiel du pouvoir. Mais la perpétuation des méthodes policières et le coût de sa politique démagogique lui aliénèrent l'opinion internationale, dont dépendait le financement de ses projets, et l'appui de la bourgeoisie qui avait d'abord vu en lui un sauveur face à un J.V.P. assimilé aux Khmers rouges.

À partir de 1991, les L.T.T.E. rompirent la trêve, tandis que les rivaux de Premadasa au sein de l'U.N.P. engageaient contre lui une procédure d'impeachment, l'accusant d'intelligence avec les L.T.T.E., de corruption et de [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire et civilisation de l'Asie du Sud à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Dans le chapitre « Le retour au libéralisme économique et la montée du séparatisme tamoul »  : […] En juillet 1977, le S.L.F.P. subit une défaite électorale sans précédent. La gauche s'effondre, perdant toute représentation parlementaire. Le nouveau dirigeant de l'U.N.P., J. R.  Jayawardene, est issu de la classe politique établie, mais il s'est entouré d'hommes nouveaux, comprenant qu'un apport populiste pouvait régénérer son parti. Il inverse aussitôt la stratégie économique poursuivie par M […] Lire la suite

Pour citer l’article

Éric MEYER, « PREMADASA RANASINGHE - (1924-1993) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ranasinghe-premadasa/