PUPPUT, archéologie

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Située sur la côte méditerranéenne, à 70 kilomètres au sud-est de Carthage, Pupput se trouve désormais au cœur de la zone touristique d'Hammamet. L'engagement d'une fouille préventive, dès 1996, sur des terrains agricoles situés à 300 mètres au nord du parc archéologique, a permis de fouiller une surface de 5 000 mètres carrés et de dresser un plan de la nécropole. Actuellement, quelque 1 400 sépultures ont été répertoriées et plus de la moitié d'entre elles fouillées. Cette enquête extensive offre l'occasion de comprendre l'organisation topographique d'une nécropole d'Afrique ; elle présente aussi l'intérêt de pouvoir confronter les formes sépulcrales et les rituels funèbres et funéraires qui leur sont associés. Ce dossier permet encore d'étudier les gestes autour de la mort, et de les étudier sur le temps long, afin d'en noter les continuités et les ruptures, car les unes et les autres révèlent autant le dynamisme d'une société que les processus d'acculturation qui l'animent. Entre populations indigène, romaine ou déjà romanisée, rites funèbres et cérémonies du souvenir relevaient d'antiques traditions, mais aussi d'expériences nouvelles nées de leurs confrontations respectives, souvent au quotidien, sous l'autorité de Rome. Ni les gestes autour de la mort ni l'espace réservé aux morts ne furent immuables, les fouilles de Pupput s'attachent à leur histoire.

Pupput, Hammamet, Tunisie

Dessin : Pupput, Hammamet, Tunisie

Site archéologique de la nécropole de Pupput, Hammamet, Tunisie. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La partie de la nécropole en cours de fouille occupe un terrain, peu accidenté, situé à 6 mètres d'altitude, bordé à l'est par un oued, désormais disparu, qui marquait une vraie limite dans la topographie funéraire. Suffisamment éloignées du rivage, quelque 600 mètres, et à une altitude qui les mettait à l'abri des vagues, les sépultures n'étaient guère menacées que par les crues de l'oued, contre lesquelles les murs des enclos constituaient cependant des obstacles efficaces. La nécropole couvre environ 7 hectares et se caractérise par la juxtaposition de vastes zones ouvertes et de parcelles, isolées par des murs. Soixante-dix enclos de surface variable ont été répertoriés (de 17 à 156 m2). Certains étaient isolés par un muret ne dépassant guère la hauteur des sépultures maçonnées, d'autres en revanche étaient ceinturés de murs de près de 3 mètres de hauteur qui, sur ces terrains plats, interdisaient toute indiscrétion lors des commémorations.

Dans la zone en cours d'étude, les sépultures les plus anciennes datent de la fin du ier siècle après J.-C., mais c'est au siècle suivant que la fréquentation s'intensifie. Ainsi, dès les années 250, l'occupation était si dense que même l'emplacement d'un mur pouvait constituer une surface convoitée pour y creuser une sépulture. La fréquentation ultérieure paraît ponctuelle et, après le ve siècle, l'absence de sépultures chrétiennes laisse supposer une radicale réorganisation de l'espace funéraire. L'établissement du réseau d'enclos est contemporain des plus anciennes sépultures et fut structuré en fonction de deux allées parallèles est-ouest, de 2 mètres de largeur. Ces surfaces de circulation débouchaient à l'est sur l'oued dont le lit servait occasionnellement de piste pour acheminer les matériaux de construction.

Les formes sépulcrales témoignent par leur variété de leur adaptation aux besoins et à l'évolution des pratiques rituelles. L'incinération était effectuée dans une fosse peu profonde, à peine esquissée dans le sable. Après combustion, on recouvrait les cendres d'un tumulus de sable qui était généralement scellé par un caisson maçonné. Est aussi attestée la pratique, rare cependant, qui consiste à récolter les os brûlés et à les déposer dans une urne placée au centre de la fosse (bustum). Moins fréquente que l'incinération primaire, car elle nécessitait un bûcher collectif (ustrinum) qui semble avoir fait défaut à haute époque dans cette partie de la nécropole, l'incinération secondaire est singulièrement attestée dans les mausolées, où des cruches ont été alignées au pied des murs, puis noyées dans le béton des sols, mais plus rarement en pleine terre.

L'arc chronologique couvert par les inhumations déborde celui des incinérations. Ainsi suivons-nous cette pratique rituelle de la fin du ier siècle après J.-C. jusqu'aux ultimes dépositions effectuées dans les mausolées au cours du ve siècle.

La typologie sépulcrale des inhumations comprend aussi bien de simples fosses, signalées par un tumulus de sable, que des sépultures bien individualisées par des massifs maçonnés (simples cubes, caissons, autels). En outre, la présence à la surface d'une construction ne laisse nullement présumer de la nature de la structure souterraine : bâtière (en dalles, briques ou tuiles), coffre (sarcophage monolithe en pierre ou en terre cuite, dalles assemblées, tuiles), plancher d'amphores isolant une fosse, ou inhumation en amphore, voire en pleine terre. Les sépultures des adultes offrent une typologie distincte de celles qui abritent des enfants pour lesquels l'inhumation en amphore semble avoir été le lot commun.

Construits pour une utilisation durable et collective, les mausolées constituent des témoins privilégiés de l'évolution rituelle et de la fréquentation de la nécropole. Ils occupent souvent le centre d'un enclos, mais ce sont de petites constructions (de 15 à 20 m2) pourvues d'une porte ouvrant sur une chambre sépulcrale (de 4 à 10 m2).

Bien visible sur le plan, l'étonnante densité de sépultures ne doit pas abuser. Elle traduit une réalité sociale, car cette zone abrite des sépultures modestes, rejetées en quelque sorte sur les marges de la nécropole. Les mausolées des notables étaient ailleurs, sans doute près de la voie qui, sortant de la ville, rejoignait le grand axe routier Carthage-Hadrumetum (Sousse). Là avait été repéré au début du xxe siècle un grand mausolée « circulaire à l'intérieur [...] extérieurement à seize pans, huit rectilignes, huit, alternant avec les premiers, concaves » (Alfred Merlin, Bulletin de la commission des Travaux historiques, 1912), dont le plan remarquable confirme a contrario le caractère plutôt populaire du terrain fouillé à Pupput.

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Écrit par :

  • : docteur ès sciences de l'Antiquité et archéologie, directeur de recherche, Institut national du patrimoine, Tunis
  • : agrégé d'histoire, docteur ès sciences de l'Antiquité et archéologie, ancien membre de l'École française de Rome, ancien pensionnaire de l'Institut français d'archéologie du Proche-Orient, maître de conférences à l'université de Provence

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Pour citer l’article

Aïcha BEN ABED, Marc GRIESHEIMER, « PUPPUT, archéologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pupput-archeologie/