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PROPAGATION ET IMPULSION EN ÉCONOMIE DYNAMIQUE, Ragnar Frisch Fiche de lecture

Une nouvelle représentation du cycle

L'intérêt théorique de l'article, qui est représentatif du travail de formalisation du cycle entrepris dans les années 1930, réside moins dans la forme donnée aux relations économiques – la Théorie générale de John Maynard Keynes, par son ampleur et sa précision, donnera le coup de grâce à ce genre de modèle rétrospectivement ad hoc – que dans la distinction entre impulsion et propagation. Cette distinction permet à Frisch, en effet, de rejeter hors du système marchand la cause de la persistance des cycles : l'instabilité est le produit de perturbations qui lui sont extérieures mais qui l'affectent. L'auteur bouleverse alors les recherches quantitatives menées sur le cycle : il peut formellement juxtaposer, sans contradiction, l'idée d'une stabilité intrinsèque de l'économie de marché et l'existence de cycles économiques non amortis ; il peut se démarquer des idées de Michael Kalecki (qui formalise la même année l'existence de cycles déterministes endogènes, l'économie de marché étant ici intrinsèquement instable) et de William Stanley Jevons ou Henry Ludwell Moore (qui recouraient auparavant à des perturbations périodiques d'origine naturelle pour rendre compte de la régularité des cycles économiques). Cette distinction entre propagation et impulsion a largement influencé le développement de modèles ultérieurs (ceux de Jan Tinbergen ou de Lawrence Klein).

Mais Frisch ne contribue pas seulement à renouveler l'analyse du cycle. En proposant une analyse fondée sur la reconnaissance de l'aléa – alors que les recherches formelles antérieures sur le cycle étaient menées dans un cadre déterministe – cet article conduit Trygve Haavelmo, en 1944, à imposer l'adoption des méthodes probabilistes de l'économétrie et à défendre une théorie économique intrinsèquement stochastique. Cela marque l'essor d'une « révolution probabiliste » qui, après avoir touché d'autres disciplines depuis le début du xxe siècle, gagne l'économie.

Plus récemment, les fondateurs de la théorie des cycles réels confirment la fécondité du cadre théorique de Frisch, en reprenant la distinction entre impulsion et propagation dans une perspective d'équilibre général. L'origine des cycles économiques réside alors dans des perturbations aléatoires (impulsions) non monétaires et exogènes (par exemple un choc pétrolier), qui se propagent dans la structure de l'économie.

Enfin, on peut remarquer que Frisch s'est largement inspiré de la théorie des oscillations du physicien Balthazar Van Der Pol, que ce dernier concevait comme un instrument efficace pour reproduire toutes sortes de faits stylisés, allant de la manifestation périodique d'épidémies aux battements du cœur. Cette primauté accordée à la capacité des formalismes de reproduire le réel révèle aussi la montée en puissance de l'instrumentalisme au xxe siècle.

— Philippe LE GALL

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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