LEROUX PIERRE (1797-1871)

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La pensée de Leroux, plus célèbre en son temps que celle d'autres socialistes, tels Proudhon, Fourier ou Cabet, a cependant influencé davantage certains milieux littéraires (Eugène Sue, George Sand, Victor Hugo) que le mouvement ouvrier lui-même. Fils de limonadiers parisiens, Leroux doit, à la mort de son père, renoncer au concours de l'École polytechnique pour gagner sa vie. D'abord employé d'agent de change, puis ouvrier maçon, il devient typographe et le restera toute sa vie. En 1821, il adhère à la Charbonnerie. Au lendemain de la révolution de 1830, séduit par le saint-simonisme, il fait du journal Le Globe, qu'il a fondé en 1824, l'organe de la foi saint-simonienne. Mais, dès 1831, il rompt avec la secte pour gagner les rangs de l'opposition républicaine. Autour de l'imprimerie qu'il a installée à Boussac, dans la Creuse, en 1844, se forme une communauté qui rassemblera jusqu'à quatre-vingts personnes. Élu à la Constituante en 1848, il y prend la défense des insurgés de juin. Lors de la discussion sur la Constitution, il expose ses conceptions sociales et philosophiques, y compris ses idées sur la Trinité, et devient alors la cible préférée de la droite. Ayant publiquement protesté contre le coup d'État du 2 décembre 1851, il est contraint à l'exil. À Jersey, où il s'installe, il reforme une communauté sur le modèle de celle de Boussac. Rentré en France en 1860, il publie La Grève de Samarez, mémoires écrits sur le mode lyrique. Bien qu'il ait été abandonné par ses amis, la Commune votera l'envoi d'une délégation aux obsèques de Leroux.

C'est entre 1830 et 1848 que, dans de nombreux articles qu'il regroupera plus tard dans différents ouvrages, il élabore sa doctrine. S'appuyant sur les statistiques, en particulier les cotes d'impôt, Leroux réfute dans son ouvrage De la ploutocratie (1848) la thèse officielle selon laquelle la France est une nation de propriétaires. La vérité est qu'une minorité détient le capital. Mais sa théorie des classes sociales manque de netteté. Si, en 1834, Leroux conçoit le rapport des classes en termes de « lutte de ceux qui ne possèdent pas les instruments de travail contre ceux qui les possèdent », il continue à la suite de Saint-Simon à opposer les propriétaires au groupe des industriels et des ouvriers. L'asservissement des prolétaires n'est pas, à ses yeux, une fatalité. Dans son livre Malthus et les économistes (1849), il répudie à la fois le pessimisme de Malthus et l'optimisme de Saint-Simon ; la misère ouvrière n'est pas le résultat d'une loi de nature, mais d'un état de choses précis : la production capitaliste.

Les propositions de réformes auxquelles conduisent ces analyses révèlent à la fois la modération du réformateur et l'utopisme, le mysticisme aussi de sa pensée. Parfois étrangement fantaisiste — ainsi sa théorie du circulus, préconisant l'utilisation de l'engrais humain pour résoudre la question sociale, ou son projet de constitution soumis à l'Assemblée en 1848 —, sa pensée est essentiellement religieuse. Son admiration pour l'Évangile éclaire son amour de la Convention. « L'Évangile, écrit-il dans Le Carrosse de M. Aguado (1848), est semblable à la Révolution française... La Révolution française a servi à faire comprendre l'Évangile ; mais ces deux grandes choses, l'Évangile et la Révolution, sont encore des prophéties. » Les réaliser, c'est assurer le règne de l'égalité (De l'égalité, 1848), permettre l'éclosion d'une religion nationale, expression de la religion de l'humanité (De l'humanité, 1840), qui est la religion démocratique. Le système représentatif lui-même doit être, à ses yeux, non pas l'expression de ce qui est, mais une « représentation de l'Idéal ». Si Leroux se montre fort critique à l'égard des projets des divers socialistes de son temps, son propre socialisme est difficile à cerner. Le mot lui-même, dont il revendique la paternité, a chez lui le sens vague d'association, par opposition à l'individualisme. Plus qu'un système tout préparé, c'est à ses yeux « une science nouvelle », destinée à permettre que s'accordent « par une synthèse véritable la liberté, la fraternité et l'égalité. » En ce sens il prône l'abolition du prolétariat par un régime qui « enlève la production à l'industrie privée, la distribution à la concurrence, et la consommation au hasard ».

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François BURDEAU, « LEROUX PIERRE - (1797-1871) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-leroux/