COT PIERRE (1895-1977)

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« Les hommes politiques de France ont le privilège d'être les plus diffamés et, pour faire ses classes, il faut commencer par être couvert de boue. » Ces constatations de 1939 reflètent le climat déchiré des années 1930, et c'est d'expérience que leur auteur, universitaire et homme de gouvernement, pouvait parier. Car Pierre Cot, s'il sut rassembler autour de lui des amitiés fidèles et des collaborateurs hors de pair – comme Jean Moulin, l'unificateur de la Résistance –, a été l'un des personnages les plus contestés des milieux gouvernementaux et parlementaires français qu'il a marqués sous trois républiques.

Né à Grenoble, dans une famille de la petite bourgeoisie savoyarde qui, depuis trois générations, a tenu diverses fonctions électives, Pierre Cot reçoit une éducation catholique. Engagé volontaire au cours de la Première Guerre mondiale, il reçoit la croix de guerre et est fait officier de la Légion d'honneur à titre militaire. Docteur en droit et en sciences politiques, il est premier secrétaire de la Conférence des avocats à la cour d'appel de Paris. Avocat-conseil du ministère des Affaires étrangères, il est reçu premier à l'agrégation des facultés de droit, et il est nommé professeur à Rennes.

Comme beaucoup de combattants, il s'enthousiasme pour la Société des Nations et les possibilités de coopération internationale, qu'il défend comme délégué français à la S.D.N. et à la conférence sur le désarmement.

C'est en 1928 qu'il entre au Parlement comme député radical-socialiste de la Savoie.

Il représente ce département de 1928 à 1940 et de 1945 à 1951. Il y devient, dès 1929, conseiller général et maire. Il sera aussi député progressiste du Rhône, de 1951 à 1958, et de Paris, en 1967-1968. À l'Assemblée nationale, il siège dans de nombreuses commissions dont celles des affaires étrangères, du suffrage universel, de l'aéronautique. Comme rapporteur, notamment à l'Assemblée constituante en 1946, et comme intervenant, Pierre Cot est l'un des orateurs les plus éclatants. Jean Lacouture l'a défini : « Un personnage de la Convention, qui eût voté la mort du roi, appelé à la levée en masse, accepté la Terreur. Non seulement jacobin, mais montagnard, il était républicain à la manière des compagnons de Robespierre, comme eux exalté par les grands principes, follement éloquent, intrépide. »

Présent dans toutes les luttes de la gauche, dans tous les combats pour son union, Pierre Cot a pu aussi réaliser ses idées puisqu'il fut ministre dans sept cabinets différents. Sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères en 1932 dans le cabinet Paul Boncour, ministre du Commerce du 18 janvier au 8 avril 1938 (4e cabinet Chautemps et 2e cabinet Blum), Pierre Cot laisse sa marque comme ministre de l'Air, puisqu'il exerce cette responsabilité du 13 janvier 1933 au 7 février 1934 et du 4 juin 1936 au 14 janvier 1938. Il a alors la profonde conviction que, « dans tous les domaines, l'aviation peut donner à la France le moyen de mieux accomplir son destin ».

En 1933, en treize mois, il crée l'armée de l'air et une compagnie unique de navigation aérienne, Air France. De 1936 à 1938, son action se traduit par la création des sections d'aviation populaire, la nationalisation de l'industrie aéronautique, la réorganisation de l'armée de l'air. Dans ces années difficiles, il considère qu'il a « l'avantage d'avoir une doctrine, d'oser l'affirmer, de la mettre en application ». Il pressent alors l'utilité des parachutistes et crée la première unité opérationnelle. Mais le déchaînement des passions, la théorie du bouc émissaire, « partie de notre droit coutumier » ainsi qu'il l'écrivit en 1939, lui valurent des haines farouches. Sans qu'il ait exercé la moindre responsabilité dans le rétablissement de l'ordre en février 1934, il y avait gagné le surnom de « galopin sanglant ». À la veille de la guerre et sous Vichy, il fut présenté comme le désorganisateur de notre aviation militaire et l'un des responsables de la défaite.

Pierre Cot reconnaissait qu'ayant eu l'occasion de beaucoup agir, il avait eu aussi celle de beaucoup se tromper. Mais, pendant les luttes du Front populaire, la production aéronautique n'avait pas baissé, malgré deux grèves dans le secteur privé. Et si, en 1937, il y eut moins d'avions de guerre fabriqués, le tonnage produit était en augmentation de 110 p. 100 et les [...]

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Écrit par :

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

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MOULIN JEAN (1899-1943)

  • Écrit par 
  • Daniel CORDIER, 
  • Bénédicte VERGEZ-CHAIGNON
  • , Universalis
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Dans le chapitre « Jean Moulin, préfet »  : […] Jean Moulin est né le 20 juin 1899 à Béziers, dans une famille de militants républicains. Son père, franc-maçon, professeur et conseiller général radical-socialiste, l'incite à entrer dès l'âge de dix-huit ans dans l'administration préfectorale. Il met ensuite à profit ses relations dans le monde politique pour favoriser la carrière de son fils. Après une courte mobilisation à la toute fin de la P […] Lire la suite

Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « COT PIERRE - (1895-1977) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-cot/