BENOIT PIERRE (1886-1962)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Tous les livres de Pierre Benoit ont obtenu un vif succès pendant l'entre-deux-guerres et sont encore lus aujourd'hui par un vaste public.

Il débute en 1918 avec Kœnigsmark ; sa méthode est déjà au point et il excelle dans ce genre du roman de voyages qu'il remet à la mode. Il situe chacune de ses intrigues dans une province française ou un pays lointain dans lequel il voyage afin d'avoir une connaissance parfaite de ses décors ; pourtant certains mauvais esprits insinuaient qu'il ne se rendait à l'endroit décrit qu'après la publication du livre. Mais sa documentation est généralement très précise, pour L'Atlantide (1919) par exemple, pour Le Soleil de minuit (1930) ou Les Environs d'Aden (1940). L'exotisme reste toujours sobre, sans recherche systématique d'un effet de curiosité ; il sert avant tout à provoquer un dépaysement et à organiser une cohérence du volume. D'ailleurs ce Landais a, dans cette même perspective, écrit plusieurs romans sur sa région, Pour Don Carlos (1919), dans le Pays basque, L'Île verte (1932), dans la Gironde. Ce n'est sans doute pas l'aspect roman de voyages de cette œuvre que l'on pourrait contester, mais l'extrême conformisme des intrigues qui s'y déroulent. Ainsi fait-on remarquer que tous ses romans ont le même nombre de pages, que toutes ses héroïnes ont un prénom dont l'initiale est un A, que parmi son abondante production un seul de ses livres ne met pas aux prises un homme et une femme, mais deux femmes.

Pourtant, resurgit parfois un goût du fantastique qui apparaissait déjà dans ses poèmes de jeunesse et qui sauve son œuvre en lui donnant cette qualité d'envoûtement et d'étrangeté qui la rattache à la tragédie antique : le dépaysement et la fatalité se combinent et ôtent, il est vrai, toute épaisseur aux héros. Là réside l'originalité de cette œuvre, dans l'alliance du réel, de l'imaginaire et du fantastique, qui la distingue de la littérature exotique, psychologique ou historique.

—  Antoine COMPAGNON

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université Columbia, États-Unis

Classification


Autres références

«  BENOIT PIERRE (1886-1962)  » est également traité dans :

ORIENTALISME, art et littérature

  • Écrit par 
  • Daniel-Henri PAGEAUX, 
  • Christine PELTRE
  •  • 11 009 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Du fantasme à la quête »  : […] Les grands noms offrent moins de surprises. Dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), Chateaubriand avoue qu'il est parti « chercher des images. Voilà tout ». Mais il rêve aussi d'une nouvelle croisade et se souvient du Tasse. Lamartine va vers l'Orient comme vers la « patrie de [son] imagination », mais tout en donnant des conseils pour u […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/orientalisme-art-et-litterature/#i_47185

Pour citer l’article

Antoine COMPAGNON, « BENOIT PIERRE - (1886-1962) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 février 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-benoit/