BOESMANS PHILIPPE (1936- )

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« L'homme qui sait faire un opéra d'aujourd'hui », titrait Renaud Machart dans Le Monde du 21 janvier 2000, un mois après la création de l'opéra Wintermärchen de Philippe Boesmans. Il est vrai que ce compositeur belge affiche une maîtrise infaillible en matière d'art lyrique, avec les réussites que constituent La Passion de Gilles (1983), Reigen (1993), Wintermärchen (1999), Julie (2005) et Yvonne, princesse de Bourgogne (2009).

Autodidacte et éclectique

Philippe Boesmans naît le 17 mai 1936 à Tongres, dans la province du Limbourg belge. Il entre à seize ans au Conservatoire de Liège, où il fait la connaissance du compositeur et musicologue Pierre Froidebise, ami de Boulez, qui l'initie à la technique sérielle et lui fait découvrir Messiaen, Boulez et Stockhausen ; il y obtient un premier prix de piano en 1957. Il part pour Bruxelles afin de se perfectionner auprès du grand pianiste Stefan Askenase, mais celui-ci lui déconseille la carrière de virtuose. Boesmans rencontre les compositeurs ou musicologues Henri Pousseur, Célestin Deliège et André Souris, tenants du postsérialisme. Il décide alors de s'orienter vers la composition, discipline dans laquelle il est quasi autodidacte. Parmi ses premières œuvres se détachent Sonances, pour deux pianos (1963), et Impromptu, pour 23 instruments (1965).

Boesmans participe, avec Pierre Bartholomée, Pousseur et Jean-Louis Robert, à la fondation de l'ensemble Musique nouvelle, collabore au Centre de recherches et de formations musicales de Wallonie créé à l'initiative de Bartholomée et Pousseur, et devient producteur à la Radio-Télévision belge (R.T.B.) de Bruxelles.

Sa notoriété de compositeur s'affirme avec Upon La-Mi, pour voix, cor et ensemble instrumental, qui reçoit le prix Italia en 1971. Cette même année, Boesmans rejoint le centre de production de la R.T.B. de Liège et devient professeur de composition au conservatoire de cette ville.

À l'époque où Boesmans s'engage véritablement dans la composition, le postsérialisme éclate, ses protagonistes – Boulez, Berio, Stockhausen... – partant explorer en solitaire des directions aussi diverses que personnelles. Bien que profondément influencé à ses débuts par le sérialisme, Boesmans, qui ne sera jamais adepte du postsérialisme « pur et dur », fait rapidement le choix de réintégrer dans sa musique la consonance, l'articulation, le rythme et l'expressivité. S'appuyant sur la tradition afin de mieux la subvertir – son attitude est en cela comparable à celle de Luciano Berio –, il ne cessera de rechercher une nouvelle musicalité tout en rejetant la tentation néo-classique dans ce qu'elle comporte de passéisme et de complaisance. Sa musique, raffinée, jouant sur l'illusion sonore, sur des images du passé ou du présent qu'il transforme ou travestit, n'oublie en effet jamais que c'est le son qui fait sens et non pas les discours intellectuels qui lui sont rattachés.

Boesmans repense ainsi l'histoire musicale au travers des formes, de l'harmonie et du timbre. Ainsi, Fanfare I, pour deux pianos mais un seul pianiste (1972), représente, tout en respectant la spécificité de l'instrument, une nouvelle approche du son pianistique, l'originalité de la pièce résidant dans l'extrême développement du jeu des pédales. Cette page constitue une véritable étude des modes d’attaque, où les sons se démultiplient, s'amplifient ou se contredisent ; Boesmans fait ici preuve d'une inventivité et d'une subtilité à nulle autre pareille. De fait, toutes ses œuvres prennent pour point de départ une problématique musicale qui devient un prétexte à sa réflexion et à son imaginaire, en même temps qu'une garantie de rigueur et de liberté dans la contrainte de l'écriture. Ricercar sconvolto, pour orgue, commence ainsi comme un ricercare (terme qui signifie, rappelons-le, « rechercher ») et s’achève, détruit de l'intérieur, seul un fragment du thème subsistant en filigrane, comme un lointain écho de ce qui fut le propos de cette forme.

Inattendue, séduisante, imprévisible, sa musique touche avec une totale réussite tous les genres ; de ses pièces orchestrales et instrumentales se détachent Fanfare II, pour orgue (1972), Élements/Extensions, pour piano et petit ensemble (1975), le Concerto pour piano (1979), le Concerto pour violon (1980), Conversions, pour [...]

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Écrit par :

  • : compositeur, critique, musicologue, producteur de radio

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WINTERMÄRCHEN (P. Boesmans)

  • Écrit par 
  • Christian MERLIN
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Créé le 10 décembre 1999 au Théâtre royal de La Monnaie de Bruxelles, Wintermärchen (Le Conte d'hiver), opéra en quatre actes du compositeur belge Philippe Boesmans (né en 1936), fut aussitôt donné, en janvier et février 2000, à l'Opéra national de Lyon ; à l'automne de cette même année, la revue […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alain FÉRON, « BOESMANS PHILIPPE (1936- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/philippe-boesmans/