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PATRIMOINE INDUSTRIEL EN GRANDE-BRETAGNE

La connaissance, la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine industriel suppose la mise en oeuvre d'une série de démarches complexes qui, tout en étant confiées à des intervenants bien spécialisés, n'en concourent pas moins à une fin culturelle identique : la défense des valeurs industrielles comme partie intégrante de notre civilisation technique, monumentale, en même temps que de notre mémoire collective et de notre identité. Une telle réflexion, qui s'impose dans tous les pays industrialisés, est particulièrement opportune à propos du pays qui a donné la première impulsion à l'archéologie industrielle.

La réutilisation : un argumentaire à élaborer

Connaissance et sauvegarde du patrimoine architectural de l'industrie rejoignent dans leurs pratiques celles qui s'appliquent à d'autres catégories de patrimoine architectural : l'inventaire des sites, les mesures d'inscription et de classement qui, variables dans leurs modalités d'un pays à l'autre, n'en ont pas moins en commun le souci d'éviter les destructions inconsidérées. Toutefois, le cas du patrimoine industriel se distingue clairement, à partir de là, de celui du patrimoine architectural ayant valeur artistique, ou porteur de souvenirs et de symboles historiques. Ce dernier n'a plus à attendre aucune légitimation pour être assuré de survivre, dans le respect collectif, à condition du moins que les finances publiques permettent d'assumer la maintenance de l'héritage. Les bâtiments industriels désaffectés depuis des temps proches ou lointains, en revanche, ne bénéficient pas de la même attention, quand ils ne se heurtent pas à une complète incompréhension, et s'ils se dégradent sur place personne n'entreprendra de lourdes réparations ; bien mieux, leur autodestruction fournira, le moment venu, un argument irrésistible aux partisans de la démolition. C'est pourquoi, chaque fois qu'un bâtiment mérite incontestablement d'être sauvé, il importe de susciter, de la part des intérêts privés comme des pouvoirs publics, l'effort de réflexion et d'imagination qui permettra de justifier les investissements nécessaires au nom de l'utilité publique.

Suggérer la transformation en un musée technique ou industriel n'est pas une solution passe-partout, qui se condamnerait elle-même à l'échec. L'inventaire et l'estimation du patrimoine bâti de l'industrie débouchent donc, dans la perspective d'un « préservationnisme » sélectif, sur une nécessaire réinsertion des ensembles architecturaux, d'une dimension souvent redoutable, dans le cycle des activités ou des services, de façon qu'ils puissent « gagner leur vie » et s'assurer une survie sous la forme, en quelque sorte, d'une réincarnation.

À vrai dire, on s'étonne de l'aveuglement démolisseur qui continue à sévir en tous pays, et que nourrissent à la fois les spéculations à court terme et la persistance de certains préjugés. Car, si la réutilisation-conservation pose des problèmes particulièrement difficiles dans le cas des mines, des grands établissements métallurgiques, des voies de circulation abandonnées, de la pétrochimie, etc., à l'inverse il faut mettre beaucoup d'ignorance ou de mauvaise foi pour ne pas reconnaître les exceptionnelles qualités de tout un patrimoine bâti légué par le xixe siècle et le premier xxe siècle. Les matériaux – pierre de taille, briques cuites à hautes températures, fer, fonte, acier, béton – ont été choisis pour résister aux charges comme aux siècles. La qualité monumentale et ornementale est parfois égale à celle des plus beaux édifices publics et procure alors un véritable plaisir esthétique, que renforce, à l'occasion, la localisation au bord d'une voie d'eau ou dans un paysage agreste. De surcroît, les[...]

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Écrit par

  • : directeur d'études honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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