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ISTRATI PANAÏT (1884-1935)

« Un Gorki balkanique ». C'est ainsi que Romain Rolland définissait Panaït Istrati, vagabond héroïque, auteur d'une œuvre écrite essentiellement en français. Grec par son père, roumain par sa mère, celui-ci est né à Braïla, en Roumanie, ville cosmopolite du bas Danube. C'est un gamin du port. On peut voir là l'origine de ses rêves de voyages, ses envies d'horizons nouveaux, sa perpétuelle errance. À douze ans, il quitte l'école. Il ne connaît pas son père, et sa mère ne vit que d'un emploi de blanchisseuse. À vingt ans il est rédacteur à Roumanie ouvrière, et il manifeste déjà sa ferveur pour la politique et la défense des causes sociales. Cet activisme lui vaut le poste de secrétaire du syndicat des travailleurs portuaires de Braïla. Sans argent, il va voyager en clandestin. Il sera aussi valet de chambre, photographe, autant de métiers qui lui permettent de sillonner les rives de la Méditerranée et de parcourir l'Europe.

Après un séjour à Paris, il s'établit en Suisse en 1916, pour soigner sa tuberculose. En 1921, à Nice, Istrati tente de s'ouvrir la gorge. On a trouvé sur lui une lettre, non expédiée, adressée à Romain Rolland. Lorsque celui-ci en prend connaissance, il reconnaît en lui un authentique écrivain et l'encourage à canaliser la force littéraire qui l'habite. Coup sur coup, de 1924 à 1926, vont paraître quatre recueils de récits : Kyra Kyralina (1924) ; Oncle Anghel (1924) ; Présentation des Haïdoucs (1925) ; Domnitza de Snagov (1926). Par l'intermédiaire de son double romanesque, Adrien Zograffi (« Adrien le peintre », en grec), il entreprend de raconter son enfance en Roumanie, avec cette mère pauvre, subissant quotidiennement le labeur et la précarité. Puis ses petits travaux, sa rencontre avec Mikhaïl Kazansky, jeune prince russe déchu à l'humeur changeante, qui lit en français Jack d'Alphonse Daudet. Istrati en est si bouleversé qu'il va faire de Mikhaïl son grand ami, et de la langue de Molière son viatique (Codine, 1926 ; Mikhaïl, 1927 ; La Famille Perlmutter, en collaboration avec J. Jéhouda, 1927 ; Mes Départs, 1928).

Si la Roumanie, la France et la Suisse forment son « triangle d'or », Istrati se tourne aussi vers la Russie. La révolution l'attire. Il se fait le propagandiste de Moscou. Mais, à la suite de son deuxième voyage en 1929, en pleine purge de l'opposition trotskiste, il publie ses confessions sous le titre Vers l'autre flamme, premier volet d'un triptyque complété par Victor Serge et Boris Souvarine, autres opposants virulents à Staline. La presse de gauche se déchaîne, et le traite de fasciste. Panaït Istrati rentre en Roumanie. Avant de mourir de tuberculose, il a le temps de compléter le cycle d'Adrien Zograffi (Le Pêcheur d'éponges, 1930 ; La Maison Thüringer, 1933 ; Le Bureau de placement, 1933 ; Méditerranée - lever du soleil, 1934 ; Méditerranée - coucher du soleil, 1935). En 1972, Joseph Kessel lui rendra hommage dans Des hommes : « Il avait trop vu de contrées, trop de gens, pour ignorer partout, et dans tous milieux, qu'il y avait des justes et des injustes et que l'on trouvait toujours une ombre chez le meilleur et une lumière chez le pire... Discussions... Débats... Affrontements... Istrati s'en alla une fois de plus. Pour cette révolte-là, je l'ai aimé autant que pour l'autre. »

— Laurent LEMIRE

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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