OC-ÈO, site archéologique

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Site localisé dans la partie occidentale du delta du Mékong (province d'An Giang, Vietnam), Oc-èo a été découvert en 1942 et sommairement fouillé en 1945 par Louis Malleret dans le cadre de son Exploration archéologique du Transbassac (1938-1945). Depuis 1975, prospection et fouilles ont été reprises par l'Institut des sciences sociales de Hô Chi Minh-Ville. Conduites avec le concours des musées provinciaux concernés, elles ont permis la découverte de nombreux sites nouveaux dans l'ensemble du delta (en particulier, province de Long An) et, pour Oc-èo, le dégagement partiel d'un édifice de brique à Giông Trôm (1983).

Le site d'Oc-èo, dans la plaine au sud du massif granitique du Ba Thê, comporte de nombreux vestiges signalés par des tertres plus ou moins importants disséminés à l'intérieur ou au voisinage d'une vaste cité rectangulaire de plan régulier (de 3 000 m sur l 500 m env.) orientée nord-est - sud-ouest en fonction de la déclivité, très faible, du terrain. Ceinte de cinq talus concentriques, traversée par un canal axial raccordé à tout un système de canaux rectilignes différent du système actuel, elle avait été considérée comme une cité founanaise et même, encore qu'aucune installation portuaire n'y soit décelable, comme « le port du Fou Nan ». En fait, le tracé de cette ville d'Oc-èo diffère entièrement de celui de toutes les villes antiques reconnues dans l'ensemble de la péninsule indochinoise (sites Pyu et arakanais de Birmanie et Môns de Thaïlande ; Angkor Borei pour le Cambodge primitif ; Cô Loa, capitale d'Au Lac, pour l'ancien Vietnam). Aussi semble-t-elle devoir être regardée comme une fondation du début du xvie siècle, motivée par les préoccupations stratégiques qui avaient aussi inspiré les dispositions de Lovêk, capitale éphémère, fondée en 1528, du Cambodge post-angkorien. Diverses cités de Thaïlande, reconstruites vers le même moment, avaient d'ailleurs adopté les mêmes plans barlongs (Nakhon Si Thammarat, Ratburi, Suphanburi). Les vestiges dégagés, en revanche, remonteraient bien, et en partie au moins, à une période voisine des iiie, ive et ve siècles après J.-C. Malheureusement, aucune étude systématique des matériaux et des procédés de construction n'a encore été entreprise, et les éléments de comparaison, indispensables, font singulièrement défaut. Les édifices, trop ruinés, parfois réutilisés, souvent exploités comme carrières de briques, ne laissent guère discerner leur plan. Actuellement, seules quelques dalles de granite sobrement sculptées (monument K) invitent à imaginer de possibles survivances d'une tradition mégalithique attestée plus à l'est du delta par le grand monument mégalithique de Xuân Loc.

Plus instructif serait le matériel trouvé au cours des fouilles (quelques-unes ayant comporté des sondages stratigraphiques) ou même souvent recueilli en surface ou acquis auprès des villageois ou des orpailleurs. Si l'étude des tessons a été, d'abord, essentiellement typologique, la reprise récente des fouilles, la stratigraphie et les éléments de comparaison qu'elles fournissent devraient permettre de préciser les caractéristiques et l'évolution de la céramique locale plus sûrement que la typologie proposée par L. Malleret. Dans le domaine de l'art des métaux, par contre, tout est à reprendre. Les recherches poursuivies en Thaïlande, surtout depuis 1960, tant sur la période dite de Dvāravatī que sur la protohistoire, ont révélé que la plus grande partie du matériel (bijoux d'or ou d'étain, médailles d'argent, etc.) que L. Malleret avait cru pouvoir présenter comme caractéristique de la culture d'Oc-èo provenait du bassin du Mé Nam (périodes de Dvāravatī et de 'Srīvijaya, viie-ixe s. env.) ou était des copies locales des premiers. On signalera ainsi : les « anneaux alourdis », d'or ou plus souvent d'étain, qui sont en fait des pendants d'oreilles propres à l'art de Dvāravatī (témoignage des bas-reliefs) ; les médailles d'argent (du type « au soleil levant », en particulier) présentées comme de possibles monnaies du Fou Nan bien qu'appartenant à un ensemble de médailles votives connues de l'Arakan à la Thaïlande centrale. Il n'est pas jusqu'aux divers objets, antérieurs aux ive et ve siècles et originaires des mondes indien (Inde du Sud surtout) et romain, qui ne soient attestés à la fois dans l'ouest et le sud de la Thaïlande et à Oc-èo.

Quoi qu'on en ait dit, Oc-èo n'a pas entretenu de relations directes avec les contrées occidentales. Tout au long de l'histoire, le site a été, avant tout, en contact avec la partie occidentale du golfe de Thaïlande, relais obligé entre les mondes indien et chinois avant qu'ait été maîtrisée la navigation dans les détroits (P. Wheatley, The Golden Khersonese). Cette interdépendance n'empêche pas qu'Oc-èo possède son originalité propre. Nulle part ailleurs n'a été recueilli un aussi grand nombre d'intailles épigraphiques, d'amulettes en étain (épigraphiques ou symboliques) ni de bijoux de caractère shivaïte (bagues « au taureau », par exemple), particularité surprenante pour une contrée où, au témoignage des historiens chinois contemporains, le bouddhisme aurait joué un rôle prééminent jusqu'au milieu du vie siècle au moins. S'il paraît encore impossible de définir une sculpture proprement founanaise, les images copiant avec plus ou moins de bonheur des modèles souvent fournis par Śrīvijaya, il convient de noter que l'art du bois (piliers sculptés, pilotis) est bien attesté à Oc-èo. Précisons encore que les activités « pré-khmères » de la contrée sont désignées par les termes « culture d'Oc-èo ».

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Écrit par :

  • : professeur émérite des universités (Paris-III), ancien membre de l'École française d'Extrême-Orient

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Pour citer l’article

Jean BOISSELIER, « OC-ÈO, site archéologique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/oc-eo-site-archeologique/