NOTATION EXTRA-FINANCIÈRE

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L'analyse extra-financière consiste à évaluer les engagements, les politiques mises en œuvre et les résultats des entreprises – mais aussi des États et collectivités territoriales – sur des critères sociaux, sociétaux, environnementaux et de gouvernance. Le marché de la notation extra-financière a débuté aux États-Unis à la demande de gestionnaires d'actifs, pour l'information d'investisseurs institutionnels et de particuliers manifestant des exigences morales. À l'origine, Il s'agissait de placer les fonds de communautés religieuses conformément à leurs principes, en excluant les « actions du péché » (sin stocks) : actions des entreprises d'armement, des producteurs d'alcool, de pornographie, etc. Si cette pratique d'exclusion de certains portefeuilles d'actifs financiers existe encore actuellement, notamment dans les pays nordiques et anglo-saxons, la finance dite responsable ou éthique s'est également développée dans des pays comme la France sous l'impulsion des préoccupations liées au développement durable et à la responsabilité sociale de l'entreprise.

On définit ainsi l'investissement socialement responsable (I.S.R.) comme l'ensemble des pratiques d'investissement intégrant des considérations sur les politiques environnementales, sociales et de Gouvernance des entreprises, ce que l'on appelle les critères E.S.G. Le choix du gestionnaire de portefeuille n'est dès lors plus guidé par la seule rentabilité financière. Des agences de notation dites « sociétales » travaillent ainsi pour le compte des investisseurs, en traitant des informations non financières d'un panel d'entreprises assez large pour pouvoir effectuer des comparaisons entre elles, afin soit de créer un « filtre E.S.G. » pour les investisseurs, soit de créer des indices boursiers « responsables », c'est-à-dire des indices boursiers n'intégrant que des entreprises satisfaisant des conditions minimales sur ces trois critères.

Le marché de la notation financière a d'abord reposé sur un modèle économique d'abonnement (les investisseurs s'abonnaient aux informations fournies par les agences sur les émetteurs de titre), avant que les émetteurs eux-mêmes ne sollicitent les notations, afin de faciliter le placement de leurs titres auprès des investisseurs. Il existe de même deux types de notation extra-financière : la notation déclarative, vendue aux investisseurs, qui consiste à étudier les politiques E.S.G. des entreprises cotées à partir de sources d'informations publiques et l'envoi de questionnaire, et la notation sollicitée, vendue aux émetteurs, qui consiste à évaluer leurs propres politiques E.S.G. à l'issue d'un audit approfondi. La première a l'avantage de pouvoir comparer les entreprises entre elles, et permet de créer par exemple des fonds I.S.R., mais elle repose sur une qualité d'analyse extra-financière assez faible, ne reposant que sur des données que les entreprises acceptent de déclarer. La seconde relève plus de ce que les gérants appellent le stock-picking, à savoir l'étude approfondie des valeurs E.S.G. au cas par cas. L'analyse est alors plus rigoureuse, mais ne permet pas la comparaison des valeurs pour les gestionnaires d'actifs..., tout du moins tant qu'un nombre suffisamment important d'entreprises ne sollicitent pas une notation.

Le marché de l'I.S.R. s'est fortement développé en Europe et en France dans les années 2000, pour atteindre par exemple 68,3 milliards d'euros à la fin de 2010 en France. Néanmoins, les agences de notation extra-financière sont encore loin d'avoir la stabilité financière de leurs aînées. La notation extra-financière n'influe pas encore sur le coût du capital, ce qui limite son intérêt pour les marchés. Cette situation évoluera lorsque les investisseurs institutionnels intégreront de façon systématique ces critères extra-financiers dans leur mode de valorisation des actifs, ce qui est souhaité depuis l'origine par les acteurs de ce type de notation. Pour l'heure, nombre de fonds dits I.S.R. comptent toujours dans leur portefeuille des titres d'entreprises transnationales qui sont loin d'être irréprochables en matière environnementale ou en droit international du travail, tout simplement parce que leur évaluation purement financière par les marchés les incitent à conserver des titres qui pèsent lourd dans les indices de rendement.

Par ailleurs, les débats suscités par les agences de notation financière depuis la crise de 2007-2008, relatifs à leur méthodologie, leur déontologie et leur modèle économique, concernent également les agences de notation extra-financière, dont le marché reste émergent. La notion même de performance en ces matières est complexe, car l'évaluation des critères E.S.G. relève du qualitatif. Il serait donc légitime que ces agences présentent des garanties quant à leurs capacités à fournir des évaluations objectives et indépendantes. Pour cela, il est souhaitable que les autorités de régulation instaurent, comme pour les agences de notation de crédit, une procédure de reconnaissance officielle de ces agences, qui serait fondée sur le respect d'un cahier des charges méthodologique et déontologique.

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Écrit par :

  • : docteur ès sciences économiques, manager Reporting et Etudes

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  • Écrit par 
  • Jean-Pierre SICARD
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Pour citer l’article

Patrick JOLIVET, « NOTATION EXTRA-FINANCIÈRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/notation-extra-financiere/