NOTAT NICOLE (1947- )

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Nicole Notat a été secrétaire générale de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) d'octobre 1992 à mai 2002. Elle est la première femme et, à ce jour, la seule à avoir accédé à la direction d'une centrale syndicale. Mais sa désignation revêtait surtout une signification politique. Elle consacrait un cours nouveau de la CFDT, tournant la page du « mouvement ouvrier » et, selon ses termes, d'un « brassage de Marx et de Jésus », auquel est opposé un syndicalisme pratique, privilégiant la négociation aux luttes, résolument inscrit dans la logique de l'économie de marché.

Nicole Notat est née le 16 juillet 1947 à Châtrices (Marne). Ses parents étaient agriculteurs. Bonne élève, elle choisit d'être institutrice pour enfants en difficulté. Elle adhère en 1969 au Syndicat général de l'Éducation nationale (SGEN) affilié à la CFDT par hostilité au SNI, alors hégémonique dans l'enseignement. Entraînant dans son sillage quelques collègues, elle refuse d'emblée les partis pris idéologiques. Cela lui vaut d'être remarquée et d'obtenir ses premières responsabilités syndicales.

Les années 1970 voient la CFDT prôner le « socialisme autogestionnaire » puis un « recentrage de l'action ». La centrale, qui a tenté de capter l'héritage de Mai-68, craint bientôt la confusion entre syndicalisme et politique et met l'accent sur les revendications concrètes. Au sein du SGEN, Nicole Notat adhère à cette évolution. Selon un témoin de l'époque, elle « donnait une image de battante, bagarreuse, mêlée de flou artistique. Elle n'épousait pas trop le langage de la rue. C'était une orthodoxe de la CFDT, fidèle à l'organisation ». Sa rencontre et son amitié avec Tony Trogrlic, responsable lorrain de la CFDT, lui permettent de découvrir le monde ouvrier, de prendre conscience de mutations inéluctables et de gagner ses premiers galons au niveau interprofessionnel. En 1978, elle accède au conseil de l'union régionale CFDT et prend la direction du SGEN pour la Lorraine. Elle devient alors syndicaliste à temps plein, bénéficiant d'un avantage relatif par rapport à d'autres syndiqués grâce au système de mise à disposition que la fonction publique accorde à ses agents (une des clés de l'institutionnalisation du syndicalisme et de la sélection de ses cadres).

Nicole Notat s'est toujours défendue d'être féministe tout en faisant sien le combat pour l'avortement ou pour l'égalité au travail. Son aspiration à la direction de la CFDT tient pourtant à la construction d'un « secteur femmes » au sein de son organisation, à la décision d'en féminiser les structures. Ce projet lui vaut de rencontrer Edmond Maire, lequel lui propose en 1981 d'entrer à la commission exécutive confédérale, le « gouvernement » de la CFDT. Elle est désignée en son sein en 1982 et se voit chargée des secrétariats « travailleuses » et « jeunes ». En 1985, elle gagne de nouvelles responsabilités – la politique de l'emploi et la formation professionnelle – qui en font une actrice de la modernisation des relations sociales et de la relance de la négociation collective, deux priorités de la centrale. Edmond Maire songe bientôt à elle pour sa succession. Cependant, en 1988, c'est Jean Kaspar qui le remplace. Le profil plus consensuel de l'ancien mineur de potasse l'emporte. Mais Nicole Notat devient le numéro deux, avec le titre de secrétaire générale adjointe, en charge de la politique revendicative, ce qui en fait l'interlocuteur principal des ministères et du patronat.

Reconduit par le congrès de 1992, Jean Kaspar démissionne peu après, mis en minorité par l'appareil confédéral qui dénonce une « crise de confiance dans le management de l'organisation ». Nicole Notat prend sa place. Cette succession va susciter de nombreux commentaires. Nicole Notat est accusée de « putsch » puis, en raison de son style de direction, caricaturée en « tsarine ». Lors du congrès de Montpellier, en 1995, les adhérents sanctionnent cette prise de pouvoir. Pour la première fois de leur histoire, ils refusent le quitus à l'équipe sortante, mais reconduisent la secrétaire générale par 63 % des voix. D'autres difficultés surviennent à l'automne. Par choix pragmatique, la direction de la CFDT approuve la réforme de la Sécurité sociale et refuse de se joindre au mouvement social qui se développe. Cela aggrave les dissensions internes. Malgré to [...]

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  • Écrit par 
  • René MOURIAUX
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Dans le chapitre « La radicalisation et le recentrage »  : […] Réformiste ou révolutionnaire ? Après l'épopée de Mai-68, la C.F.D.T. hésite entre les deux virtualités de sa modernité. Elle invite à voter pour Alain Poher au second tour de l'élection présidentielle de 1969. Elle est sensible aux vertus de la nouvelle société que Jacques Chaban-Delmas promeut avec les conseils de Jacques Delors, un ancien militant de la C.F.D.T. des banques, et plusieurs fédéra […] Lire la suite

Pour citer l’article

Dominique ANDOLFATTO, « NOTAT NICOLE (1947- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nicole-notat/