NÉVROSE OBSESSIONNELLE (histoire du concept)

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« L'Homme aux loups »

En 1912, Freud plaçait la différence qui sépare l'obsessionnel de l'hystérique, « non pas du côté des pulsions, mais dans le domaine de la psychologie ». Cette expression peu claire signifie à coup sûr : dans l'élaboration par l'obsessionnel du retour du refoulé. Cette remarque a deux issues. Il faut étudier cette élaboration pour elle-même, mais aussi il faut montrer que la névrose obsessionnelle s'accorde bien avec la théorie pulsionnelle établie à l'occasion de l'hystérie. C'est dans « L'Homme aux loups » (« Extrait de l'histoire d'une névrose infantile », 1918) que sera faite cette démonstration. Pour articuler l'un à l'autre deux textes aussi différents, il faut brièvement rappeler une difficulté inhérente à l'ensemble de la doctrine. Celle-ci a comme deux versants. Sur le premier, celui de la Traumdeutung, l'accent est mis sur le désir, le langage y tient une place centrale, la visée est celle de l'interprétation. « L'Homme aux rats » est sur ce versant. L'autre est celui des Trois Essais, on y traite de la pulsion (Trieb) et des stades de développement ; la visée est celle de la systématisation théorique. « L'Homme aux loups » illustre ce versant. Freud n'a indiqué où passe la ligne de partage que dans deux passages brefs et essentiels : le représentant (Repräsentanz) de la pulsion se transforme en désir en accédant au langage. Il y fait une discrète allusion vers la fin de « L'Homme aux loups ».

Les nouvelles questions posées en 1918 sont importantes. Par exemple, la castration, dans son rapport à l'identification féminine, peut seule expliquer que la névrose obsessionnelle soit plus fréquente chez l'homme que chez la femme (les effets de l'identification à l'autre sexe, et donc de la castration, ne peuvent pas être les mêmes chez le garçon et chez la fille). À partir de ce point de vue s'ensuivront les avatars des pulsions, la régression au stade anal, le masochisme et le sadisme... Rien de tout cela n'est propre à la névrose obsessionnelle, mais il s'agit de montrer comment elle s'inscrit dans la théorie d'ensemble. En effet, le but avoué de ce travail de 1918 est de réfuter les déviations doctrinales de Jung. C'est la raison pour laquelle Freud cherche à ancrer ses interprétations dans la réalité. Il a besoin d'une vérité historique. Il donne au souvenir de scènes vécues autant d'importance qu'en ont les paroles chez l'Homme aux rats ; la chronologie, les dates et même les heures sont établies avec soin. Et pourtant il remarque que l'analyse serait exactement la même s'il ne s'agissait que de fantaisies. Il y a quelques nouveautés cliniques dans le cas de l'Homme aux loups, mais surtout Freud confirme les découvertes faites à propos de l'Homme aux rats en les justifiant théoriquement.

Ce cas de l'Homme aux loups était de beaucoup le plus grave des deux. (Il a induit Freud à quelques innovations techniques qui sont tenues pour discutables.) Sur le degré de gravité de la névrose, Freud est d'opinion qu'il ne pose de problème que pratiques. Dans sa structure, la névrose est la même quand elle est réduite à quelques traits peu importants que quand elle est cause des pires tourments ou d'inhibitions paralysantes. À ce compte, la névrose obsessionnelle est extrêmement répandue. Les gens sensibles aux superstitions, ou excessivement scrupuleux, ou trop soucieux d'ordre et de logique sont des obsessionnels légers. D'ailleurs, la névrose obsessionnelle, même dans ses formes sérieuses, s'accompagne souvent de grands dons intellectuels et de qualités morales.

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Écrit par :

  • : psychanalyste, Centre de formation et de recherches psychanalytiques

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Octave MANNONI, « NÉVROSE OBSESSIONNELLE (histoire du concept) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nevrose-obsessionnelle-histoire-du-concept/