NEUROSCIENCES COGNITIVES ET AGENTIVITÉ

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L’approche de la reconstruction cognitive

L'approche de la reconstruction cognitive met, quant à elle, l'accent sur le rôle d'indices cognitifs de haut niveau et de processus généraux d'inférence causale dans la production du sens de l'agentivité. Lorsqu'il y a correspondance entre les effets d'une action et une pensée de l'agent qui l'a immédiatement précédée, et en l'absence d'autres causes potentielles évidentes de cette action, l'agent inférerait rétrospectivement qu'il en est l'auteur. À l'appui de cette théorie, des études ont montré que la manipulation d'indices cognitifs peut altérer le sens de l'agentivité pour une action donnée, indépendamment de changements dans les processus de contrôle moteur. On peut, par exemple, accroître le sens de l'agentivité d'un agent pour un effet ou même induire un sentiment d'agentivité illusoire pour un effet sur lequel il n'a aucun contrôle en préactivant une représentation de cet effet par des techniques d'amorçage conscient ou subliminal. Les bases cérébrales de ces processus interprétatifs de plus haut niveau impliquent vraisemblablement des régions pariétales et frontales, mais restent à ce jour mal connues.

Des travaux récents suggèrent que des processus métacognitifs, évaluant notamment la fluidité ou facilité avec laquelle opèrent les processus de sélection et préparation de l'action, contribuent également au sens de l'agentivité. Ainsi, lorsqu'un sujet doit choisir entre plusieurs actions, la fluidité du processus de sélection contribuerait positivement au sens de l'agentivité. Celui-ci est aussi étroitement lié à la motivation. Il est ainsi modulé par la valence, positive ou négative, de l'effet produit par une action et est amplifié lorsque cet effet correspond à un but ou une intention de l'agent.

L'idée que le sens de l'agentivité résulte de l'interaction de ces différents types d'indices et processus fait maintenant l'objet d'un large consensus. Toutefois, la nature exacte de ces interactions n'est pas encore élucidée. Certains ont fait appel à la distinction conceptuelle entre expériences implicites et jugements explicites d'agentivité, proposant que les premières aient pour source principale les signaux issus des processus de contrôle moteur tandis que les seconds feraient intervenir des processus interprétatifs de plus haut niveau. Cette distinction conceptuelle trouve un écho méthodologique dans les différents types de mesures du sens de l'agentivité. Certaines études expérimentales utilisent des mesures explicites d'agentivité, en demandant par exemple aux participants de rapporter quel degré de contrôle ils estiment avoir eu sur un événement donné. D'autres utilisent des mesures implicites, comme l'effet de liage intentionnel, qui correspond à la compression subjective de l'intervalle temporel entre une action volontaire d'un agent et son effet, ou encore l'effet d'atténuation des conséquences sensorielles prédictibles d'une action volontaire. Toutefois, des travaux récents ont montré qu'on peut moduler liage intentionnel et atténuation sensorielle en manipulant les croyances préalables des agents sur les causes d'une action, ce qui suggère que l'impact de facteurs cognitifs de haut niveau ne se limite pas aux jugements explicites d'agentivité.

Des approches intégratives inspirées des modèles de codage prédictif actuellement très influents dans les neurosciences ont été récemment proposées. Ces approches attribuent un rôle important aux processus prédictifs, mais introduisent une hiérarchie de niveaux de prédictions. Le sens de l'agentivité y est considéré comme le résultat d'un calcul de probabilité, prenant en compte les propriétés sensorielles et perceptives d'une action et la probabilité préalable que l'action ait été exécutée et qu'on en soit l'auteur. Dans ce calcul de probabilité, le poids accordé aux prédictions issues de différents niveaux de la hiérarchie corticale est fonction de leur précision respective et le poids accordé aux informations sensorielles est fonction de leur fiabilité.

De nombreux travaux s'appuient aujourd'hui sur ces modèles théoriques afin d'identifier les sources des perturbations de l'agentivité caractéristiques de certaines pathologies, telles que la schizophrénie ou l'anosognosie pour la paralysie.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Elisabeth PACHERIE, « NEUROSCIENCES COGNITIVES ET AGENTIVITÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/neurosciences-cognitives-et-agentivite/