GINZBURG NATALIA (1916-1991)

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Natalia Ginzburg naît à Palerme, où son père, Giuseppe Levi, originaire de Trieste, enseigne la biologie à 1'université. Mariée à Leone Ginzburg, militant antifasciste dans les rangs de Giustizia e Libertà, elle le rejoint en 1941 dans les Abruzzes où il est assigné à résidence. Après la destitution de Mussolini, en 1943, le couple et ses trois enfants s'installent à Rome ; arrêté dans un atelier de typographie clandestin, Leone Ginzburg mourra en prison le 5 février 1944 à la suite, pense-t-on, de tortures. Cachée dans un couvent, Natalia doit se séparer de deux de ses enfants, qu'elle retrouvera après la guerre à Turin. Le récit La Madre, publié en 1957, et qui porte de toute évidence la trace de cette déchirure, tout comme La Strada che va in città, paru en 1942 sous le pseudonyme d'Alessandra Tornimparte, et Mio Marito (1945) reflètent diversement l'expérience de ces années troubles.

À partir de 1945, Natalia Ginzburg intervient activement dans la vie politique et culturelle du pays. Elle entre dans la maison d'édition Einaudi, où elle occupera une place importante. À partir de 1963 commence une intense activité journalistique (La Stampa, Il Corriere della sera, L'Unità, Il Mondo). Ses articles traitent de l'actualité mais aussi des grands problèmes de société. Simplicité, modestie et une allure de récit autobiographique les caractérisent, mais surtout une certaine distanciation. Nourrie de la lecture de Tchekhov, Natalia Ginzburg, depuis sa première nouvelle Un'assenza (1933), raconte la vie faite d'inconsistance, la passivité, l'instabilité de ses personnages à travers la banalité quotidienne, s'attachant à ce qu'on appelle l'insignifiant, le frivole ; le futile en même temps, elle représente un milieu désarticulé, un vide social et culturel qui n'offre aucun point d'ancrage. Ainsi, dans ses premiers romans, La Strada che va in città (1942, La Route qui mène à la ville), È stato così (1947, prix Tempo, C'est ainsi que cela), ou encore dans le dernier, La Città e la casa (1984, La Ville et la maison), où l'intrigue se relâche de plus en plus, en une succession de départs, d'arrivées, de déménagements.

C'est essentiellement au niveau de la narration que l'écriture connaît une évolution. Caractéristiques des premiers livres, le discours indirect au rythme rapide, le récit monocorde, où c'est la voix saisie dans son oralité et non la personne qui se fait entendre, cèdent la place, après la composition de pièces de théâtre (Ti ho sposato per allegria e altre commedie, 1966), au roman épistolaire, comme si l'élimination de l'instance narrative avait redonné à la parole toute sa valeur d'enjeu.

L'« artifice de la lettre » est utilisé notamment dans Caro Michele (1973, Je t'écris pour te dire), dans La Città e la casa, ainsi que dans le roman biographique La Famiglia Manzoni (1983). Même lorsqu'elle évoque avec vivacité et humour un espace familial où trône la figure du père (Lessico famigliare, 1963, Les Mots de la tribu), la fillette qu'elle a été reste une présence muette dans la scène. Nous devons aussi à Natalia Ginzburg des essais (Le Piccole virtù, 1962, Les Petites Vertus ; Mai clevi domandarmi, 1970 ; Vita immaginaria, 1974 ; Serena Cruz o la vera giustizia, 1990) et des traductions (Proust, Montesquieu, Vercors, Markevic, Flaubert, Szymusiak).

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Giuditta ISOTTI-ROSOWSKY, « GINZBURG NATALIA - (1916-1991) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/natalia-ginzburg/