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NANA, Émile Zola Fiche de lecture

<it>Émile Zola</it>, É. Manet

Émile Zola, É. Manet

Fille de Gervaise et de Coupeau, Nana apparaît pour la première fois dans L'Assommoir (1877) et fut immortalisée, avant la parution même du roman qui lui est consacré, par une toile de Manet. Comme la plupart des romans d'Émile Zola (1840-1902), Nana a d'abord paru en feuilleton dans Le Voltaire, du 16 octobre 1879 au 5 février 1880, et sa publication en volume a été précédée d'une forte campagne publicitaire. Nana s'étalait sur les murs de Paris et des rumeurs laissaient entendre que, sous le couvert du roman, l'écrivain s'était inspiré de nombreuses célébrités parisiennes du demi-monde, notamment de la courtisane Valtesse de La Bigne. Sa parution en feuilleton fut parallèle à la publication, dans le même journal, du texte du Roman expérimental. Le roman parut en volume chez l'éditeur Charpentier le 15 février 1880.

Le roman d'une putain

Dès 1868, Zola avait projeté dans la catégorie « monde à part » un texte sur la « putain » : « Un roman qui a pour cadre le monde galant et pour héroïne Louise Duval, la fille du ménage d'ouvriers. [...] Louise est ce qu'on appelle une „biche de haute volée“ ». Peinture du monde où vivent ces filles. Drame poignant d'une existence de femme, perdue par l'appétit du luxe et des jouissances faciles. » Zola inscrivait son roman dans une thématique très courue sous la Restauration et le second Empire. La « bicherie parisienne », les « demi-mondaines », les « horizontales », les « cocodettes » (Blanche d'Antigny, Hortense Schneider, Cora Pearl) remplissaient les chroniques des journaux et les « parisianas ». On parlait alors du « high life », des viveurs, des cabinets particuliers des restaurateurs où les soupers fins basculaient dans l'orgie. Témoin attentif du demi-monde de cette époque, journaliste et critique théâtral, Émile Zola connaissait suffisamment les mœurs des théâtres de variétés (« un bordel » dira, dans le roman, Bordenave, directeur du théâtre et « montreur de femmes ») pour en entreprendre une peinture très exacte. Mais par-delà la peinture d'un milieu, Zola visait un sujet plus philosophique et sociologique : « Toute une société se ruant sur le cul. Une meute derrière une chienne, qui n'est pas en chaleur et qui se moque des chiens qui la suivent. „Le poème des désirs du mâle“, le grand levier qui remue le monde. Il n'y a que le cul et la religion... »

Le roman s'ouvre sur une représentation d'un opéra-bouffe au Théâtre des Variétés où Nana incarne la Blonde Vénus. Elle y apparaît dans une demi-nudité qui stupéfie l'assistance et vole la vedette à Rose Mignon, actrice en vue. Dès le lendemain matin, son appartement est envahi. Steiner, un riche banquier, le comte Muffat et une foule de viveurs cherchent à séduire la jeune femme. Elle va accéder bien vite à la notoriété dans le milieu des demi-mondaines et être installée dans un riche hôtel particulier de la plaine Monceau. Les hommes qui la fréquentent courent tous au désastre : vol, suicide et ruine seront leur lot. Après le banquier Steiner, le comte Muffat va tout sacrifier à Nana, s'humilier, et assister à sa propre déchéance tandis que sa famille se désintègre. Après avoir disparu de la scène parisienne, Nana connaîtra elle aussi une fin tragique : elle mourra de la variole dans une chambre du Grand-Hôtel, à la veille de la déclaration de la guerre de 1870 : « Les pustules avaient envahi la figure entière, un bouton touchant l'autre ; et, flétries, affaissées, d'un aspect grisâtre de boue, elles semblaient déjà une moisissure de la terre, sur cette bouillie informe où l'on ne retrouvait plus les traits [...] Vénus se décomposait. »

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Émile Zola, É. Manet

Autres références

  • PASSAGES, architecture

    • Écrit par Jean-François POIRIER
    • 7 088 mots
    ...l'Isle-Adam compare le passage de l'Opéra à la morgue de Paris sans parvenir à déceler la moindre différence : dans l'un et l'autre, c'est le règne de la mort. Dans Nana de Zola (1879), le passage des Panoramas est un lieu de perdition pour les classes supérieures qui viennent y frayer avec les cocottes du théâtre...

Voir aussi