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MUSICALES (TRADITIONS) Musique d'Afrique noire

Moyens et formes d'expression musicale

D'une manière générale, une musique s'organise à partir de structures intemporelles (échelle, mode) et de schémas mélodiques et rythmiques envisagés dans un cadre temporel abstrait, c'est-à-dire en dehors de toute situation vécue dans un temps concret forcément unique. La part laissée à ce qu'on appelle tantôt exécution ou interprétation, tantôt improvisation – qui signifie en fait accomplissement de la musique dans le temps réellement vécu – varie considérablement selon le type de musique envisagé.

En Afrique, il n'y a pas d'œuvre musicale conçue et fixée par l'écriture, mais un ensemble formel plus ou moins complexe, plus ou moins défini selon les cas, à partir duquel prend naissance l'œuvre proprement dite au moment où elle se joue. Chaque musique africaine est une œuvre potentielle dont la structure principale, envisagée dans un cadre temporel abstrait, est mémorisée. Elle prend corps véritablement lorsqu'elle se réalise dans le temps concret, lorsqu'elle se joue. Cette réalisation fait plus ou moins appel à ce qu'il est convenu d'appeler l'improvisation, c'est-à-dire à la possibilité d'introduire des éléments variables qui s'organisent cependant à partir d'un certain nombre de règles précises, mais qui ne sont pas contenus dans l'œuvre potentielle stricto sensu. L'improvisation permet ainsi de parfaire l'œuvre potentielle dans sa manifestation temporelle, de l'ajuster à la complexité de la situation donnée (celle du ou des musiciens, du public ; le lieu, le moment, le contexte religieux ou social, la danse, etc.) et d'obtenir ainsi l'accomplissement véritable de la musique. Le domaine auquel s'applique l'improvisation et l'importance de son rôle sont très variables selon le type de musique envisagé. Elle se manifeste parfois au niveau mélodique (ornementation), à celui du rythme, dans l'accompagnement instrumental de la voix, dans l'organisation des intensités et des timbres. Elle est parfois si réduite qu'elle rejoint la notion d'interprétation telle que l'envisage la musique occidentale écrite. Contrairement à l'idée généralement reçue, les musiques africaines sont véritablement composées et non pas librement improvisées. Lorsque l'improvisation intervient, elle s'organise selon des règles précises en se référant aux éléments fixes et déterminés que sont par exemple une échelle, un mode, un schéma mélodique, une structure rythmique principale, une combinaison spécifique de timbres.

Instruments de musique et primauté du timbre complexe

Le nombre de types d'instruments musicaux recensés jusqu'à présent en Afrique est considérable. Il existe d'abord de multiples façons dont le corps humain, les éléments naturels, les objets de toute sorte peuvent être utilisés comme instruments de musique : battements de mains, entrechocs et percussions corporelles, abdomen résonateur (arc musical) ; battage rythmé de l'eau ; pilons percutés sur mortier, bruits de meule, percussion du rebord de pirogue...

Dans la famille des instruments à air, on rencontre de nombreux types de flûtes (droite à encoche, à bec globulaire, traversière, oblique) et de sifflets (en terre, en bois, en bambou, en roseau, en tige de papayer), des clarinettes idioglottes (en tige de mil), des trompes de toutes tailles (en corne d'animal, en défense d'éléphant, en bois), les longues trompettes en métal et le hautbois conique (alghaïta) des régions islamisées.

Parmi les instruments à cordes, on trouve notamment des arcs musicaux (arc-en-bouche, arc-en-terre, arc à résonateur en calebasse), des pluriarcs, des harpes (angulaires, fourchues, arquées), des lyres, des cithares, des luths (à une ou plusieurs cordes), des harpes-cithares[...]

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Écrit par

  • : musicologue, fondateur de la collection Ocora, expert international en matière d'ethnomusicologie

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ALCHIMIE

    • Écrit par René ALLEAU, Universalis
    • 13 642 mots
    • 2 médias
    Les rapports entre la métallurgie et la musique sont mentionnés déjà par Strabon, par Solin et par Plutarque. Selon Aristide Quintilien, la musique désigne, en général, « ce qui régit et coordonne tout ce que la nature enferme dans son sein ». Ptolémée, dans ses Harmoniques, assimile les...
  • BACHIR MOUNIR (1930-1997)

    • Écrit par Éliane AZOULAY
    • 515 mots

    Irakien né à Mossoul d'une mère kurde et d'un père syriaque orthodoxe, Mounir (ou Munir) Bachir a été surnommé l'« émir du oud ». Au côté de son père, Abdel-Aziz Bachir, luthiste et chanteur réputé, il se familiarise avec les diverses facettes de la tradition irakienne, où se mêlent influences syriaques,...

  • BEBEY FRANCIS (1929-2001)

    • Écrit par Universalis
    • 242 mots

    Auteur-compositeur, écrivain, poète, chanteur et guitariste camerounais. En 1950, il vient étudier à Paris et joue avec son compatriote Manu Dibango. Il étudie ensuite le journalisme aux États-Unis puis regagne la France, où il entre comme reporter à la Sorafom (Société de radiodiffusion de la France...

  • BERIO LUCIANO

    • Écrit par Juliette GARRIGUES
    • 4 826 mots
    ...extra-européennes. Il s'est en fait intéressé aux expressions et aux techniques populaires qui lui ont permis d'embrasser des mondes apparemment hétérogènes : les folklores sicilien et serbo-croate, les chants arméniens, les polyphonies pygmées... À l'instar de Bartók ou de Stravinski, Berio a réussi à intégrer...
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Voir aussi