MUSÉE ET MÉDIATION NUMÉRIQUE

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De la consultation à la participation

Internet favorise le rayonnement du patrimoine culturel et la conception de nouvelles médiations pour les institutions muséales. Ces médiations en ligne, parfois participatives, n’empêchent pas la continuité d’un modèle diffusionniste des musées, centrés sur la promotion des ressources et des activités, via des fils d’actualités, des blogs d’information, ou le streaming audiovisuel. En effet, la publication de données par les publics, qu’ils soient visiteurs ou non de musées (en particulier sur les réseaux externes, autrement dit hors des sites institutionnels) présente le risque pour les institutions de ne plus maîtriser totalement la diffusion et la légitimité des données, même si le rapport de confiance avec l’institution perdure. Mais les musées n’ont pas toujours les moyens humains et financiers de mener à bien les deux objectifs : la diffusion et une communication numérique « personnalisée ». Cependant, tout en rationalisant les entrées et sorties de contenus amateurs sur leur site, ils lancent des appels à dessins ou photographies et des campagnes de collectes de documents et de témoignages, en s’appuyant sur les compétences de leurs publics internautes, dont la contribution est encadrée de façon à être distinguée des contenus garantis par l’institution.

Ainsi, les usages professionnels du numérique sont ambivalents : pour un rapprochement, tout en gardant à distance. Une mise en perspective des études de l’Internet muséal depuis 2007 conduit à identifier des institutions muséales qui permettent aux publics (qu’ils soient visiteurs ou non) d’intervenir sur le fonds (œuvres et contenus scientifiques) et la forme (avec la personnalisation d’espaces de consultation, les signets et tags en ligne). Elles peuvent aussi offrir la possibilité d’échanger (avec de rares débats ou forums modérés sur les sites institutionnels, ou via des sites extérieurs comme MySpace pour se connecter avec les « amis » du musée et rejoindre des réseaux sociaux numériques tels que Facebook) ou de participer à des jeux. Les musées permettent également aux internautes de décrire (par annotations, indexation) des contenus, créant de nouveaux accès par l’intermédiaire des amateurs selon une folksonomie, autrement dit une classification collaborative décentralisée spontanée informelle. Des musées d’art mettent aussi à disposition des outils d’exploration d’œuvres. C’est le cas du Getty Museum avec l’application Cranach Magnified, qui permet aux usagers d’explorer les œuvres et d’adresser leurs commentaires au musée. Le territoire muséal sur Internet donne en outre lieu à des expérimentations, telles que la co-conception d’expositions, à partir de photographies d’internautes, à la Tate Britain à Londres, ou la création de « galeries » personnelles par le Museum of Fine Arts de Boston, les Fine Arts Museums de San Francisco ou le Moderna Museet de Stockholm, à partir de sélections d’œuvres de la collection présentée en ligne. Autant d’innovations techniques et culturelles qui donnent lieu à une augmentation des données muséales, également grâce aux applications sur dispositifs mobiles.

Avec les applications mobiles, les usagers, qui critiquent les voix, la navigation et le gameplay, désirent dépasser la consultation des données et apprécient les propositions ludiques avec des niveaux différenciés en fonction de leur expérience. La conception de ces nouvelles médiations numériques doit prendre en considération le multi-usage des terminaux mobiles personnels, et les mises à jour dans le cadre de l’obsolescence programmée propre aux stratégies des industriels du numérique (terminaux, systèmes d’exploitation, logiciels et infrastructures en réseau). La conception est délicate entre le téléchargement de contenus, afin d’éviter des applications (avec données intégrées) dévoreuses d’énergie, et les soucis de connexion, entraînant dans un cas comme dans l’autre des problèmes de consultation.

Pour offrir des usages intuitifs, unanimement demandés, les musées s’efforcent de soumettre des plans interactifs de sites patrimoniaux et d’expositions, y compris déconnectés des visites, grâce à la géolocalisation. La narration, le storytelling constituent une nouvelle manière de proposer des parcours de connaissances dans et hors site patrimonial. Mais à distance, l’application doit dépasser l’adaptation des contenus, dont le champ lexical nécessite une adéquation avec le fonds de l’institution patrimoniale, afin d’offrir une nouvelle expérience, un prolongement et non pas seulement une façon de retrouver ce que l’on a fait ou ce que l’on peut faire lors de la visite. Pour accompagner les évolutions des médiations mobiles, les musées sont en outre incités à offrir et maintenir des fonctions de partage d’expériences, de consultations et de contributions, une démarche renvoyant aux usages d’Internet pour favoriser des échanges entre amateurs du patrimoine et des sciences sans passer par les institutions. La délicate question des droits, du droit d’usage en particulier, se pose alors ; les usagers conscients des restrictions désirent s’approprier des textes et des images à partager dans leurs réseaux sociaux et familiaux par voie numérique. Il faut par ailleurs composer avec une économie des applications, entre gratuité et marché du numérique, reposant sur une place instable dans les plateformes marchandes en ligne. Des partenariats entre institutions visent à réduire les coûts, afin d’établir des applications pérennes, selon un partage de compétences professionnelles, qui représentent les enjeux des médiations numériques muséales contemporaines.

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Écrit par :

  • : maître de conférences habilitée à diriger des recherches, enseignante-chercheuse, université Paris-XIII

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Geneviève VIDAL, « MUSÉE ET MÉDIATION NUMÉRIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/musee-et-mediation-numerique/