FARAH MOHAMED (1983- )

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Vainqueur des 5 000 et 10 000 mètres aux jeux Olympiques de Londres en 2012, l'athlète britannique Mohamed, dit « Mo », Farah a rejoint dans l'histoire du sport six glorieux prédécesseurs – du Finlandais Hannes Kolehmainen à l'Éthiopien Kenenisa Bekele en passant par le Tchécoslovaque Emil Zatopek –, auteurs du même doublé aux Jeux. Ses succès ont mis fin à une domination sans partage des champions d'Afrique de l'Est sur ces épreuves. Dans un pays où le demi-fond est une religion athlétique, il est devenu une grande star, d'autant que son parcours personnel évoque le cosmopolitisme et l'esprit d'ouverture dont les Britanniques demeurent fiers.

Mo Farah est né le 23 mars 1983 à Mogadiscio, en Somalie. À trois ans, il part vivre à Djibouti avec sa mère et son frère. Il arrive à Londres à huit ans, pour rejoindre un père qu'il ne connaît pas, et alors qu'il ne parle pas un mot d'anglais. Le sport va aider ce garçonnet totalement perdu à s'intégrer dans son nouveau pays. Inscrit au Feltham Community College de Londres, une institution où le sport tient une grande place dans l'éducation, il rêve de devenir footballeur. Mais Alan Watkinson, un professeur d'éducation physique, détecte ses qualités athlétiques : à quatorze ans, Mo Farah participe pour la première fois à une course de cross-country et, bien qu'il se soit trompé de sens un moment, il réussit à prendre la deuxième place de cette course ! Alan Watkinson prend alors sous son aile cet adolescent déraciné.

Mo Farah réalise déjà de bonnes performances chez les juniors : il remporte le 5 000 mètres lors des Championnats d'Europe en 2001. Il progresse lentement, devient champion d'Europe de cross-country en 2006. Mais, par manque de confiance en soi et parce qu'il ne se plie pas toujours à la discipline nécessaire à tout sportif, il tarde à réaliser les performances de niveau mondial que son talent lui promet. Champion d'Europe en salle sur 3 000 mètres en 2009, il éclate réellement en 2010 : aux Championnats d'Europe de Barcelone, il remporte les 5 000 et 10 000 mètres. En 2011, il modifie totalement son approche de la compétition : il part pour les États-Unis, où il rejoint à Portland (Oregon) le groupe de coureurs de demi-fond entraînés par l'ancien marathonien américain Alberto Salazar. Cette année-là, il bat le record d'Europe du 10 000 mètres (26 min 46,57 s) et se distingue aux Championnats du monde de Daegu (Corée du Sud) : il obtient la médaille d'argent dans le 10 000 mètres, devancé par l'Éthiopien Ibrahim Jeilan, puis il remporte le 5 000 mètres, devant l'Américain d'origine kenyane Bernard Lagat.

Mo Farah a donc rendez-vous avec la gloire en 2012. Un mois avant les compétitions olympiques, il gagne le 5 000 mètres des Championnats d'Europe d'Helsinki. Aux Jeux de Londres, le 4 août est une journée historique pour le sport britannique : dans le stade olympique, les athlètes britanniques s'adjugent coup sur coup trois médailles d'or. Dans le 10 000 mètres, Mo Farah se joue des Éthiopiens en portant une attaque décisive à l'approche du dernier tour, et il remporte la course devant l'Américain Galen Rupp, qui est son partenaire d'entraînement et son ami, et les frères Tariku Bekele et Kenenisa Bekele. Premier Européen vainqueur de cette épreuve aux Jeux depuis le succès de l'Italien Alberto Cova à Los Angeles en 1984, il effectue un émouvant tour d'honneur drapé dans l'Union Jack, avec dans les bras Rihanna, la fille de son épouse, âgée de sept ans. En compagnie de l'heptathlète Jessica Ennis et du sauteur en longueur Greg Rutherford, les autres lauréats britanniques du soir, il vit un intense moment de partage avec le public, dans une sorte de communion athlétique britannique. Le 11 août, malgré la fatigue, il parvient à remporter un 5 000 mètres qui s'est couru de manière très tactique, en devançant au sprint l'Éthiopien Dejen Gebremeskel. À l'issue de cette course, le célèbre Sebastian Coe n'hésite pas à l'encenser : « C'est le plus grand athlète britannique de tous les temps. »

Mo Farah continue de briller en 2013. Déjà, en juillet, il s’essaye sur une distance plus courte, le 1 500 mètres et… bat le record d’Europe (3 min 28,81 s). Puis, aux Championnats du monde de Moscou, il gagne le 5 000 et le 10 000 mètres, en se jouant à chaque fois des Éthiopiens et des Kenyans grâce à son finish. Avant lui, seul l’Éthiopien Kenenisa Bekele avait réussi ce « double doublé » jeux Olympiques-Championnats du monde (2008, 2009).

En 2014, il participe pour la première fois à un marathon, celui de Londres, et réalise déjà un « chrono » de valeur mondiale (2 h 8 min 21 s). Malade, il doit renoncer à disputer les Jeux du Commonwealth, qui comptent beaucoup pour un Britannique, à la fin de juillet. Bien qu’il ne soit pas totalement remis, il est bien présent aux Championnats d’Europe de Zurich, à la mi-août : il gagne le 5 000 et le 10 000 mètres.

En 2015, Mo Farah continue de s’affirmer sur longue distance. Lors des Championnats du monde disputés à Pékin, il signe un nouveau doublé en remportant le 5 000 et le 10 000 mètres.

En 2016, Mo Farah fait des jeux Olympiques de Rio sa priorité. Il est dominé par deux Kenyans, Geoffrey Kamworor et Bedan Karoki, lors des Championnats du monde de semi-marathon au mois de mars à Cardiff (pays de Galles). Le 14 août, il s’impose lors du 10 000 mètres, au terme d’une course compliquée. Malgré une chute lors du dixième tour de course, il revient rapidement dans le peloton et l’emporte en devançant au sprint le Kenyan Paul Tanui. Le 20 août, il s’adjuge également le 5 000 mètres.

Hors des pistes, Mo Farah est un homme généreux. En 2011, il est retourné en Somalie et à Djibouti, pour retrouver ses racines : choqué par la famine qui sévit en Somalie, il a créé une fondation destinée à venir en aide aux habitants de ce pays, fondation dont s'occupe son épouse, Tania. Sorte de citoyen du monde, Mo Farah résume ainsi son parcours : « De greffe en greffe, ce fut un long voyage. »

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  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « FARAH MOHAMED (1983- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mohamed-farah/