KEITA MODIBO (1915?-1977)

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Né à Bamako dans une famille musulmane d'origine malinké, Modibo Keita fait ses études à l'école William-Ponty et joue un rôle important dans les groupes fondés autour des années trente par des jeunes gens ayant reçu une éducation occidentale ; il est instituteur à Sikasso puis à Bamako de 1936 à 1947. Après la Seconde Guerre mondiale, il est cofondateur et secrétaire général de l'Union soudanaise et adhère en 1946 au Rassemblement démocratique africain (R.D.A.). Considéré par les Français comme un dangereux opposant, il est interné quelque temps en 1946. Deux années plus tard, il obtient un siège à l'Assemblée territoriale, en 1953 il devient conseiller de l'Union française. Enfin, en 1956, il est élu député à l'Assemblée nationale française dont il devient le premier vice-président africain ; il est à deux reprises secrétaire d'État. Keita est devenu entre-temps président de l'Union soudanaise qu'il organise en parti de masse ; il est aussi nommé maire de Bamako. En 1957, son parti remporte une victoire écrasante aux élections et lui-même est élu à la présidence du Grand Conseil de l'A.-O.F.

Lors du référendum de 1958, Keita fait avec succès campagne pour la Communauté. Devenu président de la république autonome du Soudan, il essaye de constituer une fédération ouest-africaine englobant les anciens territoires de l'A.-O.F. Devant le refus de ses partenaires, notamment Houphouët-Boigny, il accepte de former avec les dirigeants de Dakar une Fédération du Mali, unissant le Sénégal et le Soudan. Il devient président du Conseil de cette fédération éphémère (janvier 1959-août 1960), qui éclate par suite d'un conflit de personne avec Senghor. Le 20 janvier, Keita devient président de la république indépendante du Mali, réduit au seul Soudan. Engageant le pays dans la voie du socialisme, il tente d'imposer au Mali un modèle de développement dont la référence est Israël ; il est à noter toutefois qu'en pratique, seul le secteur public bénéficie des efforts de développement, que les salaires de la fonction publique absorberont 26 p. 100 du revenu national en 1969 et que les fonctionnaires représentent alors un électorat privilégié pour Keita, mais plus encore une charge énorme pour l'économie nationale. Keita s'appuie à l'extérieur sur l'U.R.S.S. et sur les pays progressistes africains, Guinée, Ghāna, tout en gardant de bonnes relations avec la Côte-d'Ivoire ; il s'écarte progressivement de la Communauté et se rallie aux thèses soviétiques à la conférence de Casablanca. À l'intérieur, il n'a d'abord à affronter que l'opposition des commerçants touchés par la nationalisation des sociétés d'import-export. Mais les difficultés financières — dues notamment au retrait de la zone franc — et économiques croissantes, la bureaucratisation abusive et la puissance naissante d'un groupe ultra-gauchiste au sein de l'État et du parti minent peu à peu ses positions. Il tente une dernière manœuvre en créant le Comité national de défense de la révolution, qui exerce un pouvoir sans partage appuyé sur une milice populaire. En novembre 1968, Keita est renversé par un coup d'État militaire et remplacé par le lieutenant Moussa Traoré.

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« KEITA MODIBO (1915?-1977) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/modibo-keita/