MOBUTU JOSEPH DÉSIRÉ puis SESE SEKO (1930-1997)

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Joseph Désiré Mobutu est né le 14 octobre 1930 à Lisala, un village sur la courbe du fleuve Congo. En 1972, alors qu'il mène une campagne d'« africanisation », il abandonne ses prénoms pour se faire appeler Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga. L'évanouissement de son pouvoir n'a précédé que de quelques mois sa mort des suites d'une longue maladie, à Rabat, le 6 septembre 1997. Cette chute sans gloire ne doit pas faire oublier l'extraordinaire ascension qui fonde un charisme et le règne absolu du témoin d'une évolution postcoloniale brutale, qui s'est comporté comme un agent de la modernité. Il a recouru à la corruption et à la violence pour bloquer les forces internes du changement, mais l'inspiration de son action, la recherche d'une certaine « authenticité » africaine en font aussi un expérimentateur de l'hybridation de différents répertoires culturels.

La mère de Mobutu, Mama Yemo, a déjà quatre enfants lorsqu'elle épouse Gbemani, un cuisinier au service des missionnaires. Celui-ci adopte le jeune Joseph Désiré, qui le suit à Léopoldville (Kinshasa) dès l'âge de quatre ans. Après la mort de Gbemani, en 1938, Mama Yemo retourne dans la province de l'Équateur, où le jeune Mobutu est pris en charge par ses oncles. En 1946, il renoue, chez les frères des écoles chrétiennes, avec des études primaires interrompues huit ans plus tôt. En 1949, à la suite d'une escapade non autorisée à Léopoldville, les religieux l'obligent à s'engager pour sept ans dans la force publique, c'est-à-dire l'armée locale.

Son bagage scolaire l'oriente vers l'école centrale de Luluabourg (l'actuelle Kananga), où il suit une formation de secrétaire-comptable. Sorti de l'école en 1953, il est affecté à l'état-major de Léopoldville et se voit confier la rédaction du journal de l'armée. Nommé sergent, il a atteint le grade le plus élevé accessible alors à un « indigène ». Libéré de ses obligations militaires en 1957, il est engagé pour écrire des articles sur l'actualité africaine dans L'Avenir et fait la connaissance d'un militant anticolonialiste : Patrice Lumumba. Son journal l'envoie à Bruxelles en 1958, au Congrès de la presse coloniale, où il retrouve des compatriotes nationalistes. Il y retourne en 1959 pour un stage de formation et peut ainsi faire partie de l'entourage de Lumumba à la table ronde économique qui, en avril et en mai 1960, prépare, en catastrophe, l'indépendance. Mobutu a des contacts avec la Sûreté belge, comme pratiquement tous les stagiaires de l'époque ; il est aussi approché par la C.I.A.

À l'indépendance, le 30 juin 1960, Mobutu est secrétaire d'État chargé des Questions politiques et administratives dans le gouvernement formé par Patrice Lumumba. Le mois suivant, mission lui est confiée de ramener le calme dans les casernes en ébullition et il devient chef d'état-major puis colonel. Il accomplit son premier coup d'État le 14 septembre de la même année afin d'éliminer Lumumba, qu'il livre à Moïse Tshombé. Le leader de la sécession katangaise le fera torturer et assassiner. Mobutu, promu général, rend le pouvoir aux civils en février 1961.

Le second coup d'État de Mobutu date du 24 novembre 1965. Le général renverse le président Kasavubu. En 1966, il fait pendre l'ex-chef du gouvernement Kimba et trois de ses ministres. En 1967, la C.I.A. organise l'enlèvement de Tshombé, qui décédera dans une prison algérienne. Enfin, en 1968, il se fait livrer – par Marien Ngouabi, qui vient de prendre le pouvoir à Brazzaville – Pierre Mulele, un ancien compagnon de Lumumba qui dirige un mouvement révolutionnaire auquel participe également Laurent-Désiré Kabila. Mulele est torturé à mort. La IIe République commence officiellement le 20 mai 1967 avec la proclamation du manifeste de la N'sele, qui annonce la création du Mouvement populaire de la révolution (M.P.R.).

Entre 1967 et 1975, Mobutu donne toute sa mesure. Les promesses d'un décollage économique reposant sur l'exploitation des richesses naturelles du pays autorisent l'élaboration de projets. Le père de l'innovation nationale, penseur syncrétique s'il en est, s'abreuve à différentes sources dont la plus évidente est le recours à la tradition africaine : c'est l'« authenticité ». Ainsi le pays devient-il le Zaïre. Mais le « guide » ne néglige ni les recettes coloniales ni celles de l'Église catholique. L'ordonnance de sa cour est réglée sur celle du roi des Belges. Le « timonier  [...]

Mobutu et Amin Dada, 1976

Photographie : Mobutu et Amin Dada, 1976

Le président zaïrois Mobutu (1930-1997), à gauche, et le dictateur ougandais Idi Amin Dada assistent à un défilé militaire à Kampala (Ouganda), en 1976. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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Écrit par :

  • : directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques, Centre d'étude d'Afrique noire, Bordeaux

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Patrick QUANTIN, « MOBUTU JOSEPH DÉSIRÉ puis SESE SEKO - (1930-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mobutu-joseph-desire-puis-sese-seko/