BABBITT MILTON (1916-2011)

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Milton Babbitt est considéré comme le principal représentant des compositeurs sériels américains. L'univers intellectuel et artistique dans lequel il a grandi sera déterminant pour celui qui établira des liens étroits entre la musique et les mathématiques.

Comme pour de nombreux compositeurs de sa génération, « structure » est le mot clé de l'univers de Milton Babbitt, qui s'est toujours senti concerné par l'organisation en tant qu'architecture sonore. Il a élaboré ses idées musicales avec une rigueur quasi scientifique. Méconnu – voire inconnu – en Europe, ne faisant pas partie du cercle restreint des compositeurs de Darmstadt, Milton Babbitt n'en a pas moins réalisé sa propre maîtrise sérielle du rythme.

Milton Byron Babbitt naît à Philadelphie le 10 mai 1916. Dès l'âge de quatre ans, il commence l'étude du violon ; quelques années plus tard, il étudiera aussi la clarinette et le saxophone. Adolescent, il se produit dans des formations de jazz. Encouragé par son père, il commence en 1931 des études de mathématiques à l'université de Pennsylvanie. Cependant, il opte rapidement pour la musique, qu'il va étudier à l'université de New York avec Marion Eugénie Bauer et Philip James, recevant en 1935 le titre de bachelor of arts. Il se perfectionne ensuite, en privé, auprès de Roger Session, qui lui conseille de poursuivre son cursus à l'université de Princeton, où il obtient en 1942 le titre de master of fine arts.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il se consacre principalement à des recherches mathématiques, à Washington (D.C.) et à Princeton. Sa double formation de mathématicien et de musicien le conduit à écrire en 1946 un article (publié seulement en 1992), The Function of Set Structure in the Twelve-Tone System, qui constitue la première étude formelle et systématique de la méthode de composition à « douze sons » de Schönberg ; il y esquisse une théorie de la musique sérielle, ainsi qu'une théorie très complexe du sérialisme intégral.

Ce n'est cependant qu'à la fin des années 1940 que Babbitt commence véritablement à composer et à publier ses œuvres. Il étend alors le sérialisme des Viennois à tous les paramètres du son : hauteur (intervalles), rythme, timbre, dynamique. C'est dans l'application du sérialisme aux divers procédés rythmiques qu'il se montre le plus novateur. Il invente en effet un système rythmique sériel qui présente des analogies avec les combinaisons habituellement utilisées dans le sérialisme de hauteur : réalisant que la hauteur présente une unité régulière qui est l'octave, il s'est attaché à en trouver un équivalent rythmique. Afin de décrire les combinaisons possibles des quatre paramètres sonores, il crée le concept de « combinatorialité » (combinatoriality). Il utilise cette technique dans Trois Compositions pour piano (1947), dans la Composition pour quatre instruments (flûte, clarinette, violon et violoncelle) de 1948, dans la Composition pour alto et piano (1950).

À la fin des années 1950, il découvre la musique électronique, qui n'est pas pour lui, contrairement à ce que l'on pourrait penser, un moyen d'inventer de nouveaux sons mais plutôt un outil de contrôle du rythme, l'électronique facilitant l'élaboration du sérialisme rythmique. Il compose ainsi, pour bande magnétique à quatre pistes, Composition for Synthesizer (1961) et Ensembles for Synthesizer (1962-1964). Dans Philomel, pour soprano et bande magnétique à quatre pistes (1964), écrit avec le poète John Hollander pour la soprano Bethany Beardslee, il utilise la technique électronique pour opérer des transformations de la voix et obtenir ainsi des modifications sonores significatives : la pièce comporte une séquence où la voix de la soprano en direct est superposée à sa propre voix enregistrée sur bande magnétique et mêlée à des sons synthétisés.

Babbitt a enseigné à l'université de Princeton, à la Juilliard School of Music de New York, au Berkshire Music Center de Tanglewood, au New England Conservatory of Music de Boston ; il a également donné des cours d'été à Darmstadt.

Milton Babbitt a, comme théoricien et comme pédagogue, exercé une influence déterminante sur nombre de compositeurs et théoriciens : Harrison Birtwistle, Jonathan Harvey, Frederic Rzewski, Thea Musgrave, Paul Lansky, Fred Lerdahl, Joshua Rifkin, Charles [...]

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Écrit par :

  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - La musique

  • Écrit par 
  • Juliette GARRIGUES, 
  • André GAUTHIER
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Dans le chapitre « Sérialisme et postsérialisme »  : […] Le sérialisme dodécaphonique parvient aux États-Unis avec Arnold Schönberg , contraint de quitter l'Allemagne nazie en 1933 et qui arrive sur le Nouveau Continent en octobre de cette même année. Mais ce n'est qu'à la fin des années 1940 que le phénomène sériel prendra véritablement de l'ampleur aux États-Unis, lorsque certains compositeurs américains décideront de l'adopter. Au centre de ce déve […] Lire la suite

Pour citer l’article

Juliette GARRIGUES, « BABBITT MILTON - (1916-2011) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/milton-babbitt/