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LEBLANC MAURICE (1864-1941)

Originaire de la grande bourgeoisie rouennaise (son père était armateur), Leblanc fait d'abord paraître des romans d'analyse psychologique (une dizaine en tout, qui lui vaudront l'estime d'écrivains aussi importants que Léon Bloy et Jules Renard), ainsi qu'une pièce de théâtre, La Pitié. C'est en 1904 qu'il rédige pour le magazine Je sais tout la première aventure de celui qui va devenir l'un des personnages les plus célèbres du roman populaire, L'Arrestation d'Arsène Lupin (le nom vient d'un conseiller municipal de Paris, Arsène Lopin). C'est le début d'une longue série qui comprendra en tout une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles, dont la rédaction s'étendra sur près de trente ans.

Fils d'un professeur de boxe française un peu escroc, mort aux États-Unis, et d'une mère qu'il perd étant enfant, Arsène Raoul Lupin est, avant tout, un amateur d'art, et non un vulgaire cambrioleur. Toutes ces opérations se font sans violences (Lupin s'interdit expressément le meurtre), et ses victimes sont toujours antipathiques. De savants commentateurs ont d'ailleurs calculé que ses vols lui permettent à peine de couvrir ses frais... Son univers, à la différence de celui du roman populaire traditionnel (cf. par exemple la cruauté du Fantomas de Souvestre et Allain), est celui de la comédie rose, et il serait parfois fade si l'extrême ingéniosité des intrigues et un humour virulent, d'allure volontiers parodique (ainsi la lutte contre le fameux détective Herlock Sholmès), n'en avivaient puissamment l'intérêt. Le cycle d'Arsène Lupin reste un des grands monuments de la littérature populaire d'avant 1914 avec Rouletabille et Fantomas ; il s'en distingue cependant par un souci d'écriture beaucoup plus vif et par une sorte de grâce distinguée qui fait encore son charme aujourd'hui. Il n'est pas facile d'y choisir un titre plutôt que d'autres : on peut cependant citer L'Aiguille creuse (1909), Le Bouchon de cristal (1912), ainsi que L'Île aux trente cercueils (1919), un peu gâché par l'hystérie chauvine qui l'imprègne, mais dont les deux premiers tiers constituent un admirable roman fantastique.

On doit aussi à Maurice Leblanc deux romans de science-fiction : Les Trois Yeux (1919), où un savant parvient à capter des images envoyées de Vénus, et Le Formidable Événement (1920), qui décrit les conséquences d'un tremblement de terre ayant rattaché l'Angleterre au continent.

— Jean-Paul MOURLON

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Écrit par

  • : maître ès lettres modernes, professeur au lycée de Tiaret, Algérie

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • FEUILLETON

    • Écrit par Jacques DUBOIS
    • 2 495 mots
    • 3 médias
    ...comme l'autre sortaient des rangs de la bourgeoisie aisée et, à la différence de maints collègues, avaient commencé en « déclassés ». Déclassé encore Maurice Leblanc, le père d'Arsène Lupin, et plutôt deux fois qu'une : fils de riche armateur, épigone sans gloire du naturalisme, il se...
  • POLICIER ROMAN

    • Écrit par Claude MESPLÈDE, Jean TULARD
    • 16 394 mots
    • 14 médias
    ...tout, le personnage d'Arsène Lupin, qui deviendra bientôt aussi populaire que d'Artagnan. L'éditeur Lafitte réussit à convaincre Maurice Leblanc (1864-1941) de donner une suite aux aventures de ce sympathique cambrioleur que frac et monocle transforment en homme du monde accompli...

Voir aussi