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MANUS

L'un des trois groupes ethniques habitant les îles de l'Amirauté, situées au nord-est de la Nouvelle-Guinée, en Mélanésie, et faisant partie de la Papouasie - Nouvelle-Guinée. Parmi ces trois groupes, seuls les Manus forment un groupe linguistique homogène. Ils habitent une dizaine de villages construits sur pilotis dans des lagons avoisinant la grande île et sur la côte abritée des petites îles. Les Manus pratiquent essentiellement la pêche et le commerce maritime. Ils échangent leur poisson contre les produits de la terre de leurs voisins matankor et usiai. Ce commerce s'est accompagné également de celui des amulettes possédant une valeur magique et cérémonielle et acquérant au cours des transactions un surplus de valeur. Ils utilisaient traditionnellement une monnaie de coquillages enfilés en colliers et de dents de chien. Les Manus jouent un rôle d'intermédiaires, faisant office de transporteurs entre les Usiai et les Matankor.

L'île de Manus fut un des premiers comptoirs allemands dans le Pacifique. Elle fut accordée à l'Australie par la Société des Nations en 1920. Le bouleversement des structures traditionnelles, causé par l'établissement de l'administration et de l'économie coloniales et la présence de nombreux Manus dans la police indigène, placèrent ceux-ci au centre des premières revendications. Les occupations japonaises et alliées pendant la guerre du Pacifique firent éclater un mouvement de mécontentement dirigé par Paliau, qui prêcha la rupture avec les traditions socioéconomiques, un progrès social à l'européenne et une organisation économique. En dehors du Marching Rule des îles Salomon, le mouvement Paliau est un des rares exemples en Mélanésie d'une organisation politique indigène indépendante qui ait fonctionné avec succès.

L'organisation sociale, qui nous est connue grâce aux travaux de l'anthropologue américaine M. Mead, est caractérisée par une filiation patrilinéaire en théorie. La résidence est en principe patrilocale, mais en fait plus fluctuante encore que la règle de filiation. En dépit de cette mobilité le village manus est divisé en territoires permanents appartenant aux patriclans. Chaque territoire comprend un espace de lagon, géographiquement défini, et souvent un îlot situé dans cette partie du lagon où habitent des esprits d'un type particulier. Pour un individu, c'est le fait de résider sur le territoire d'un patriclan qui compte avant tout. Le système de parenté repose entièrement sur la relation entre frères et sœurs et entre leurs descendants respectifs. Les « enfants-de-frères » forment un groupe homogène qui hérite des sites résidentiels et de tous les privilèges et fonctions d'un patriclan. Ils pratiquent un culte des esprits des ancêtres, plus particulièrement du « maître-esprit-de-la-maison » dont on s'assure la protection par des offrandes au crâne de l'ancêtre qui le représente. Le protégé et son maître-esprit sont liés par un « contrat » bénéfique pour les deux tant que les termes en sont respectés. Les « enfants-de-sœurs », par contraste, n'héritent pas du statut ni des privilèges du patriclan. Cette position défavorisée trouve une contrepartie, selon l'anthropologue R. F. Fortune (qui a décrit en détail la religion des Manus), dans la pratique d'un culte magico-religieux qui leur confère une sorte de pouvoir magique sur les « enfants-de-frères ». Ce pouvoir peut donner lieu à une pratique de sorcellerie consistant à jeter un sort sur les « femmes-des-enfants-de-frères », les frappant de stérilité mais provoquant plus souvent la mort du nouveau-né. Cette sorcellerie très rarement pratiquée n'est pas selon Fortune un facteur de désintégration sociale comme en Nouvelle-Guinée. L'existence de pratiques de sorcellerie aboutit à dégager les deux[...]

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Joël DUSUZEAU. MANUS [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009