MA VIE AVEC LIBERACE (S. Soderbergh)

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Dans la prison du kitsch

C’est ainsi que Ma Vie avec Liberace vient former un diptyque avec Magic Mike (2012), consacré au monde du strip-tease masculin. Les deux films traitent de manière pudique, presque tendre, des sujets qui s’annonçaient scabreux. À ce propos, Ma Vie avec Liberace s’est vu refusé aux États-Unis une distribution en salle à cause de son traitement sans détour de l’homosexualité masculine : le film, produit par la chaîne payante H.B.O., n’a été diffusé que via le câble, les plates-formes de vidéos à la demande ou l’édition DVD. On est en droit de s’en étonner, car il existe des œuvres bien plus provocantes que celle-ci dans la représentation de la sexualité. Tout comme Magic Mike déjouait les pièges du voyeurisme pour s’attacher au rêve tranquille de son personnage central, Ma Vie avec Liberace oublie la crudité de ses premières minutes (la drague dans les bars gay) pour n’avoir de cesse que de rendre touchante une histoire d’amour sincère. Pour cela, il paraît un temps reprendre le canevas du film de Billy Wilder, Sunset Boulevard : une star en proie aux ravages du temps, un décor étouffant de luxe ostentatoire, un gigolo mi-naïf, mi-roublard. Mais c’est pour mieux s’en détourner. La popularité de Liberace (Michael Douglas) n’est pas sur le déclin et son interrogation tragique consiste à savoir comment il peut concilier son image auprès de son public avec sa sexualité dissimulée et sa décrépitude physique. Son amant Scott Thornson (Matt Damon), de son côté, se révèle de moins en moins calculateur et de plus en plus sincère, bien qu’il ait lui aussi du mal à assumer pleinement son identité. Une fois de plus, ce sont les craquelures d’une apparence trop lisse qui intéressent Soderbergh : elles n’apparaissent qu’aux protagonistes, dans leur relation intime, et tous deux œuvrent à maintenir un vernis parfait pour le regard extérieur. Emprisonnement spatial (le film va d’une demeure à l’autre, et le turquoise des piscines et du ciel apparaît comme le leurre suprême) et emprisonnement moral se rejoignent. U [...]

Ma vie avec Liberace, de Steven Soderbergh

Ma vie avec Liberace, de Steven Soderbergh

Photographie

Dans Ma vie avec Liberace, le jeu des apparences et les faux-semblants du kitsch viennent contredire la vérité du sentiment amoureux. Ici, Matt Damon et Michael Douglas. 

Crédits : HBO FILMS/ The Kobal Collection/ Picture Desk

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Écrit par :

  • : historien du cinéma, maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, membre du comité de rédaction de la revue Positif

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Pour citer l’article

Christian VIVIANI, « MA VIE AVEC LIBERACE (S. Soderbergh) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ma-vie-avec-liberace/