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COLET LOUISE (1810-1876)

Louise Colet a laissé une œuvre abondante et éclectique, qui reste à découvrir. Elle a connu des succès d’édition, reçu des prix prestigieux et des hommages des plus grands, parmi lesquels Victor Hugo. Elle n’a toutefois pas réussi à s’imposer comme une écrivaine à part entière, et illustre bien en cela la condition des femmes qui se mêlent d’écrire au xixe siècle. Tout au long de sa vie, cette passionnée se heurte à des représentations sociales qui l’entravent. Parce qu’elle a des liaisons avec des écrivains, on en fait le prototype du bas-bleu arriviste et on la cantonne dans un rôle de muse. Après sa mort, ses œuvres sont jugées en fonction de clichés réducteurs et misogynes, qui l’enferment dans une littérature féminine considérée comme mineure.

Une femme de lettres à Paris

Louise Révoil de Servannes est née à Aix-en-Provence le 15 septembre 1810. À vingt-cinq ans elle épouse et suit à Paris le musicien Hippolyte Raymond Colet, multiplie les démarches et publie un an plus tard Fleurs du Midi (1836). Elle a du succès et des liaisons, tient salon et fréquente écrivains, peintres et politiciens. En 1840, elle plante un couteau de cuisine dans le dos d’Alphonse Karr, sans vraiment le blesser, lorsqu’il attribue la paternité de sa fille Henriette à son amant, Victor Cousin.

En 1846, elle rencontre Gustave Flaubert dans l’atelier de James Pradier pour qui elle pose. Il a vingt-cinq ans, elle en a trente-cinq, elle est célèbre alors que lui n’a encore rien publié. Mais après lui avoir accordé quelques rares nuits passionnées, l’ermite de Croisset n’a de cesse de multiplier les obstacles à leurs rencontres, pour se consacrer à l’écriture, mais aussi par refus de s’engager et par goût pour la solitude. Leur liaison devient presque uniquement épistolaire, ce qui est loin de combler Louise. De cette correspondance, célèbre car elle accompagne l’écriture du premier roman publié par l’« homme-plume », Madame Bovary, auquel les conseils de l’écrivaine ont très probablement ajouté de la chair, on ne peut lire que les lettres de Gustave Flaubert.

Louise Colet a quitté son mari en 1847 et, après sa mort en 1851, tente de vivre en femme de lettres indépendante. Sa production est inégale, car elle doit écrire vite et accepter des commandes pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille. Ses Mementos montrent combien elle doit se débattre, de flagorneries en humiliations, pour soutenir sa réputation et tenter d’être reconnue. C’est aussi une femme engagée, féministe, républicaine, proche des fouriéristes et anticléricale ; elle soutient la révolution de 1848, la Pologne et l'Italie naissante, plus tard la Commune. Elle termine sa vie dans la misère, presque oubliée, le 8 mars 1876.

Louise Colet écrit d’abord de la poésie. Ses recueils témoignent d’un tressage thématique qui mêle l’élégie intime (Penserosa, 1839 ; Ce qui est dans le cœur des femmes, 1852 ; Ce qu’on rêve en aimant, 1854), des poèmes engagés, comme l’étonnant « Paris matière » (1868) et de longs poèmes de commande qu’elle sait s’approprier pour remporter à quatre reprises le prix de l’Académie française. À partir des années 1850, elle publie des romans où l’inspiration romantique se mêle aux règlements de compte et que l’on pourrait qualifier d’autofictions avant l’heure (Une histoire de soldat, 1856 ; Lui, roman contemporain, 1860, dans lesquels Flaubert est caricaturé). Son œuvre comprend aussi des études de mœurs (Ces petits messieurs, 1869), des biographies, des traductions, des essais politiques et des récits de voyage très personnels (L’Italie des Italiens, 1862-1864).

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Écrit par

  • : agrégée de lettres, docteure ès lettres, conservatrice à la Bibliothèque nationale de France

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • FLAUBERT GUSTAVE

    • Écrit par Pierre-Marc de BIASI
    • 9 824 mots
    • 1 média
    ...sa grand-mère. Gustave écrit, avec son ami Du Camp, Par les champs et par les grèves, après une randonnée sur les routes de France ; il rencontre Louise Colet, chez le sculpteur Pradier ; cette première liaison durera jusqu'en 1848, puis reprendra de 1851 à 1854. Gustave pense à plusieurs projets...