LENYA LOTTE (1899-1981)

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Viennoise issue d'un milieu modeste – son père était cocher de fiacre et sa mère lingère –, Karoline Blamauer, dite Lotte Lenya a le « théâtre dans le sang ». À quatre ans, elle se produit dans un cirque. Après avoir étudié la danse à Zurich pendant la Première Guerre mondiale, elle joue Molière et Shakespeare dans des tournées de deuxième ordre. Le hasard lui fait rencontrer le dramaturge Georg Kaiser (dont elle jouera par la suite Der Silbersee), qui lui présente Kurt Weill. Pour Lotte Lenya c'est le coup de foudre – elle épouse le musicien en 1926 – et aussi, la révélation de sa vraie nature théâtrale.

En 1927, elle interprète le Petit Mahagonny, écrit par Bertolt Brecht et mis en musique par Weill : elle y chante pour la première fois. Les deux auteurs l'imposent l'année suivante à Ernst Josef Aufricht, producteur de L'Opéra de quat'sous, à Berlin. Bien que le nom de Lotte Lenya ne figure même pas à l'affiche le soir de la première, elle remporte un triomphe dans le rôle de Jenny. La presse et le public découvrent non sans stupeur son étrange personnalité : physique ingrat, presque inquiétant, en accord avec l'esthétique expressionniste, voix déchirante et déchirée, bouleversante parce que sans cesse au bord de la rupture. Lenya créera tous les « songs » de Weill et Brecht, leur conférant une renommée mondiale : La Fiancée du pirate (de L'Opéra de quat'sous), Alabama Song (de Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, 1930), Bilbao Song et Surabaya Johnny (de Happy End, 1929). « Quand je compose une mélodie », confiait Kurt Weill, « je l'entends déjà dans mon for intérieur avec la voix de Lenya »... Au cinéma, en 1930, Lenya reprendra le rôle de Jenny dans L'Opéra de quat'sous réalisé par G. W. Pabst.

En 1933, comme d'autres artistes et intellectuels allemands mis en péril par leurs origines raciales ou leurs idées politiques libérales (parmi eux, Fritz Lang, Max Reinhardt et Otto Preminger), Lenya et Weill fuient l'Allemagne. Première étape : Paris, où Boris Kochno, le bras droit de Diaghilev, commande à Brecht et Weill un ballet. Les Sept Péchés capitaux du petit bourgeois sont créés au Théâtre des Champs-Élysées, avec Lotte Lenya et Tillie Losch dans le double rôle, joué, chanté et dansé, de Anna. C'est un succès. Mais Weill subit un échec cuisant avec Marie Galante (livret de Jacques Deval, avec Florelle). Les époux partent alors pour New York réaliser un projet ambitieux : The Eternal Road (1930) dans une mise en scène de Max Reinhardt. Dans cette fresque musicale sur un thème biblique, Lenya joue deux personnages : Miriam, la sœur de Moïse, et la sorcière d'Endor. C'est un demi-échec qui incitera la comédienne à se tenir pendant plusieurs années dans l'ombre de son mari, qui accumule les succès à Broadway, avec des œuvres de plus en plus lyriques, comme Knickerbocker Holiday, Lady in the Dark, One Touch of Venus et Lost in the Stars.

Lenya n'interprétera qu'une seule de ces comédies musicales : The Firebrand of Florence, en 1945.

Après la mort de Weill, en 1950, il faudra toute la force de persuasion de Leonard Bernstein pour que Lenya accepte de chanter L'Opéra de quat'sous dans une université, en 1953. En raison de l'accueil chaleureux qu'elle rencontre, elle remonte l'œuvre maîtresse de son mari sur une scène « off-Broadway » : elle restera six ans à l'affiche. Lenya consacre alors toute son énergie à faire redécouvrir la musique de Kurt Weill. En Allemagne, elle joue Street Scene et supervise les enregistrements de L'Opéra, de Happy End, des Sept Péchés capitaux et de Mahagonny. Le cinéma la redécouvre en 1961 avec Le Visage du plaisir (adapté du Printemps romain de Mrs. Stone de Tennessee Williams) puis dans Bons Baisers de Russie (1963). Mais c'est au théâtre qu'elle doit son ultime consécration, avec Cabaret, une comédie musicale sur le Berlin de l'avant-guerre mise en scène à Broadway en 1966 par Bob Fosse. Symbole vivant de l'esprit berlinois des années 1930, Lenya devient véritablement une des « grandes prêtresses » de l'intelligentsia new-yorkaise. Grâce à elle, Brecht est joué partout, et on reconnaît en Weill le fils spirituel de Puccini et de Stravinski. Pour Lotte Lenya, la boucle est bouclée.

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WEILL KURT - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Juliette GARRIGUES
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2 mars 1900 Kurt Julian Weill naît à Dessau, en Allemagne ; il est le troisième des quatre enfants d'Emma Ackermann et d'Albert Weill, cantor à la synagogue locale. 1915-1918 Kurt Weill prend des leçons privées de piano, d'harmonie, de composition et d'orchestration auprès d'Albert Bing, Kapellmeister du Hoftheater de sa ville natale. 1918 Kurt Weill s'installe à Berlin ; il s'inscrit à l'unive […] Lire la suite

Pour citer l’article

Robert de LAROCHE, « LENYA LOTTE - (1899-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lotte-lenya/