JAMNITZER LES

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Le maniérisme opère un déplacement entre le « sujet » et les moyens mis en œuvre pour le représenter ; il introduit la dynamique de la dissymétrie dans l'œuvre d'art. Il est, avant tout, mouvement de rupture par la mise en mouvement des composantes habituellement soumises aux finalités d'une évocation. Paradoxalement, cette tendance n'a nulle part triomphé avec autant d'éclat que dans la réalisation d'objets utilitaires. L'école d'orfèvrerie de Nuremberg est, à cet égard, exemplaire. Les frères Wenzel (1508-1585) et Albrecht (mort en 1555) Jamnitzer et le fils aîné du premier, Christoph (1563-1618), ont donné la meilleure démonstration des possibilités de la ligne en la libérant de l'assujettissement à la forme. Or ce n'est pas le moindre paradoxe du maniérisme que d'appliquer ses débordements formels à de simples objets : aiguières, coupes. Ces objets sont littéralement arrachés à leur destination par un entrelacement de courbes, de spirales dotées d'un extraordinaire pouvoir d'autoengendrement. Ces lignes, qui ne commencent ni ne s'achèvent, trouvent leur justification dans l'intégration d'éléments empruntés à la nature : pierres précieuses qui donnent une profondeur chromatique, mais aussi et surtout coquilles de nautiles dont le dessin spiralé est très apparent. Toutes les envolées linéaires ont donc un fondement « naturel ». Elles concourent le plus souvent à la création d'un animal fabuleux. Mais cette forme est moins un achèvement qui clôt l'ensemble qu'un mouvement linéaire qui ramène l'œil vers la complexité des nombreux détails.

Statuette de Daphné, W. Jamnitzer

Statuette de Daphné, W. Jamnitzer

photographie

Le mythe de la nymphe Daphné changée en laurier pour échapper aux ardeurs d'Apollon a fréquemment inspiré l'imaginaire maniériste. Inspirée des Métamorphoses d'Ovide, la statuette de l'orfèvre Wenzel Jamnitzer mêle étroitement nature – un matériau venu des grandes profondeurs, le... 

Crédits : Erich Lessing/ AKG-images

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Christoph Jamnitzer, dans son ouvrage Le Nouveau Livre des grotesques (Neu grottessken Buch, 1610), donne libre cours à ce délire linéaire, dans une suite de variations. Spirales lévogyres et dextrogyres s'y déchaînent, et c'est au niveau de ces mouvements qu'une symétrie interne semble se reconstituer. L'anatomie, ici, n'est pas celle que révèle l'étude de l'organisme humain ou animal, c'est celle du principe d'animation, celle du mouvement commun à la nature et à l'œuvre d'art. La spirale en est le leitmotiv, l'origine et le but. Elle révèle le processus répétitif que recouvre la diversité des apparences.

—  Marc THIVOLET

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Pour citer l’article

Marc THIVOLET, « JAMNITZER LES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-jamnitzer/