LA MÉMOIRE, L'HISTOIRE, L'OUBLI (P. Ricœur)

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Dans le prolongement de Soi-même comme un autre (1990) le livre de Paul Ricœur La Mémoire, l'histoire, l'oubli (Seuil, Paris, 2000) vient couronner une œuvre commencée en 1950 sous le signe d'une philosophie de la volonté. Cette immense enquête, qui se déploie à travers une patiente description phénoménologique de la mémoire et de l'oubli, apporte la dernière touche à ce que Ricœur appelle une « phénoménologie de l'homme capable ».

Fruit d'une recherche exigeante et d'un travail acharné, l'ouvrage apporte également sa contribution à un thème largement présent dans le débat public à travers les notions de « lieux de mémoire » ou de « dette de mémoire ». À cet égard, son thème civique central est la quête d'un juste équilibre entre trop de mémoire et pas assez de mémoire.

Son odyssée fait croiser à Paul Ricœur tous les grands philosophes qui, de Platon et Aristote jusqu'à Husserl et Bergson, se sont intéressés au problème de la mémoire. Il convie ses lecteurs à s'embarquer avec lui sur ce qu'il appelle son « trois-mâts », formé par une phénoménologie de la mémoire, une philosophie critique de l'histoire gravitant autour de la notion de « mémoire historique », et enfin une « herméneutique de la condition historique ».

La phénoménologie de la mémoire se déploie à travers le jeu de trois questions : « de quoi se souvient-on ? », « comment nous souvenons-nous ? », « qui se souvient ? ». En reprenant les sources grecques, platoniciennes et aristotéliciennes, Ricœur esquisse d'abord une phénoménologie du souvenir, dont l'axe est formé par l'énoncé aristotélicien selon lequel « la mémoire est du passé ». D'entrée de jeu s'impose la formule : « la mémoire heureuse », désignant une approche des phénomènes mémoriels qui refuse de se laisser obnubiler par les défaillances de la mémoire.

Le deuxième temps de l'enquête concerne la mémoire exercée, ce qui entraîne une réflexion sur les us et les abus auxquels elle peut se prêter. À travers sa critique des [...]

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Écrit par :

  • : docteur en philosophie, professeur émérite de la faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris, titulaire de la chaire "Romano Guardini" à l'université Humboldt de Berlin (2009-2012)

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Pour citer l’article

Jean GREISCH, « LA MÉMOIRE, L'HISTOIRE, L'OUBLI (P. Ricœur) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-memoire-l-histoire-l-oubli/