ÉCLIPSE L' (1868-1876)

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Hebdomadaire de quatre pages dont la première est en couleurs, L'Éclipse présente, dans la plupart des cas, une première page comportant un portrait-charge, deux pages de textes amusants et une quatrième page en partie composée d'images satiriques relatant les événements marquants de la semaine écoulée ou une histoire à la manière de Toepffer.

Ce journal est représentatif du combat mené par les partisans du régime républicain contre le second Empire, puis contre la République elle-même, après qu'elle eut, comme premier acte d'autorité, écrasé la Commune de Paris. Tout au long des huit années que durera L'Éclipse, c'est la figure de Thiers qui revient le plus souvent en première page, d'abord comme député sous l'Empire, puis comme président de la IIIe République. Une autre silhouette, tout en longueur, a parfois également les honneurs de la première page : celle de Henri Rochefort, auteur des pamphlets publiés dans La Lanterne, pourfendeur de l'Empire, qui devait, par la suite, sombrer dans le boulangisme et s'acharner contre les juifs pendant l'affaire Dreyfus.

Le caricaturiste attitré de la première page est André Gill, l'un des meilleurs auteurs de portraits-charges de toute l'histoire de la caricature. Il est parfois remplacé par Pépin — qui deviendra le collaborateur du Grelot — par Job, Félix Regamey, Boquillon ou Mobb.

D'une grande virulence à l'égard du pouvoir établi, L'Éclipse est l'objet de nombreuses saisies. L'un des dessins les plus réussis d'André Gill représente précisément L'Enterrement de la caricature. On y voit l'artiste et son directeur, F. Polo, suivre un corbillard. À leurs côtés, un chien porte le bonnet de fol et tient attaché sur son dos un instrument dont une extrémité est une plume et l'autre un pinceau.

La publication de L'Éclipse s'interrompt pendant le siège de Paris et la Commune pour reprendre dès le mois de juin 1871. Durant quelques semaines, André Gill est remplacé, en première page, pae Alfred Le Petit, le temps de faire oublier sa nomination par la Commune — sur la recommandation de son ami Gustave Courbet — au poste de conservateur du musée du Luxembourg. Dès le mois de septembre, André Gill donne un autre portrait-charge de Thiers avec un dessin intitulé Dissolution. En 1872, sa collaboration est de nouveau permanente. En quatrième page, la « semaine comique » est confiée à Hadol.

L'Éclipse ne réserve pas sa première page aux seuls hommes politiques : écrivains, artistes sont souvent représentés. Deux d'entre eux, pour des motifs qui rejoignent les préoccupations politiques du moment, retiennent particulièrement l'attention d'André Gill : Victor Hugo et Richard Wagner. L'un et l'autre symbolisent l'esprit, la culture des deux peuples ennemis. Le premier est considéré comme le plus grand poète français et demeure, dans l'esprit de ses amis, l'opposant à « Napoléon le Petit » ; le second est, pour les Français, le représentant du « pathos germanique », qui taille les oreilles délicates au burin (c'est ainsi que le représente le caricaturiste) et qui, de plus, prétend que l'Allemagne est le seul pays à donner des génies au monde.

En 1876, la publication tente vainement de retenir ses derniers lecteurs par un changement de format et de formule. Le journal La Lune avait précédé L'Éclipse, c'est donc dans la tradition « lunaire » que sera tentée la survie d'une certaine conception de la caricature : La Lune rousse, puis La Nouvelle Lune se succéderont sans grand succès. Pépin, Moloch, Alfred Le Petit, Luque continueront, à leur manière, l'œuvre d'André Gill. L'importance du portrait-charge ne cessera de diminuer pour faire place à un renouveau de la caricature de mœurs. La critique des institutions et des pouvoirs avait pris le pas sur celle des hommes.

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Pour citer l’article

Marc THIVOLET, « ÉCLIPSE L' - (1868-1876) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-eclipse/