HORNEY KAREN (1885-1952)

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Née à Hambourg en 1885 d'un père d'origine norvégienne et d'une mère d'origine hollandaise, Karen Danielsen fait ses études de médecine à Berlin où elle épouse un avocat d'origine hongroise, Oscar Horney, dont elle divorce en 1937. Dès 1910, elle s'intéresse au freudisme et devient bientôt une des figures marquantes de la psychanalyse berlinoise. Elle joue un rôle important dans la création de l'Institut de psychanalyse de Berlin, en 1920, y assure — aux côtés d'Abraham, de Simmel, de Sachs et de Liebermann — la formation des nouveaux analystes, participe aux divers congrès de l'Association internationale et publie un grand nombre d'articles dans les revues officielles de la psychanalyse freudienne.

Invitée par Alexander à exercer des fonctions de direction dans l'institut qu'il venait de fonder à Chicago, elle quitte l'Allemagne en 1932 et s'établit aux États-Unis. À la différence de beaucoup de ses confrères psychanalystes d'origine juive, Karen Horney, qui était protestante, ne semble pas avoir émigré pour fuir le régime nazi, mais pour des raisons professionnelles. De Chicago, elle passe à New York, en 1934. Considérée dans son ensemble, la période américaine de Karen Horney contraste singulièrement avec la période allemande. Dès son premier ouvrage (elle n'avait, jusque-là, publié que des articles), La Personnalité névrotique de notre temps (The Neurotic Personality of Our Time, 1937), Karen Horney semble faire fi de l'interprétation freudienne classique des névroses pour insister sur les déterminants culturels de la personnalité névrotique. Un second ouvrage, le plus connu en France, bien qu'il ne soit malheureusement pas le meilleur, Voies nouvelles de la psychanalyse (New Ways in Psychoanalysis, 1939), entreprend une critique systématique des notions fondamentales du freudisme (libido, complexe d'Œdipe, narcissisme, instinct de mort, transfert, surmoi, masochisme) et marque ouvertement la rupture : en 1941, Karen Horney est exclue de l'Institut psychanalytique de New York et fonde l'Association pour le progrès de la psychanalyse (Association for the Advancement of Psychoanalysis). Elle dirige aussi à New York un institut (American Institute of Psychoanalysis) et une revue, l'American Journal of Psychoanalysis. Ses trois autres ouvrages abordent la question des névroses et, plus généralement, de l'insertion de l'homme dans la société et dans le monde dans des perspectives chaque fois originales mais passablement éloignées du freudisme classique : L'Auto-Analyse (Self-Analysis, 1942), souvent considérée comme l'apologie d'une pratique peu prisée des freudiens, tire plutôt son intérêt des idéaux d'indépendance et de responsabilité qui y sont prônés ; Nos conflits intérieurs (Our Inner Conflicts, 1945) cherche l'origine des structures caractérielles névrotiques dans les conflits entre les trois attitudes fondamentales : mouvement vers autrui, contre autrui, fuite devant autrui ; enfin le dernier, Névrose et croissance humaine (Neurosis and Human Growth, 1950), non traduit en français, se fonde sur une philosophie de l'authenticité et du progrès fort à la mode en Amérique à cette époque et très éloignée du freudisme.

Toutefois, on ne rendrait pas justice à Karen Horney en l'accusant d'avoir purement et simplement abandonné l'orthodoxie freudienne pour se rallier aux idéaux les plus banals de la société américaine. Ce serait méconnaître une originalité qui s'est affirmée dès ses premiers articles et qui s'est maintenue jusqu'à la fin. Dès 1923, dans « La Genèse du complexe de castration féminin » (« Zur Genese des weiblichen Kastrationskomplexes »), elle essayait de promouvoir une interprétation proprement psychologique de la psychologie féminine contre l'explication, trop biologique à son gré, d'Abraham, et cela tout en demeurant dans les cadres de l'orthodoxie freudienne. Dans les articles écrits entre 1920 et 1930, on sent la préoccupation « culturelle » dans l'interprétation des névroses alors que ne s'est pas encore fait sentir l'influence du culturalisme américain (traduction française dans le recueil : La Psychologie de la femme, 1969). Inversement, si éloignée que soit Karen Horney du freudisme à la fin de sa vie, elle retrouve, dans Neurosis and Human Growth, une problématique psychologique et philosophique qui se démarque très ne [...]

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de l'Université, professeur à l'université de Paris-VII

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KARDINER ABRAM (1891-1981)

  • Écrit par 
  • Mikel DUFRENNE
  •  • 2 580 mots

Dans le chapitre « De la psychanalyse à la théorie de la culture »  : […] La carrière de Kardiner illustre bien la pluridisciplinarité requise par l'anthropologie culturelle. Né à New York, il s'oriente d'abord vers la psychiatrie et la psychanalyse : en 1921, il va séjourner à Vienne auprès de Freud. Près de soixante ans plus tard, à la veille de sa mort, il fait, avec beaucoup de verve et d'humour, le récit de son « analyse avec Freud » : un document précieux pour le […] Lire la suite

Pour citer l’article

Yvon BRÈS, « HORNEY KAREN - (1885-1952) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/karen-horney/