GELMAN JUAN (1930-2014)

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« Tout m’oblige à travailler, avec les mots, avec mon sang. » Ce vers extrait de son Arte poética pourrait servir d’exergue à l’œuvre de l’écrivain argentin Juan Gelman, poète de la douleur et du déracinement, à la renommée internationale. Une part importante de sa vie fut consacrée au combat contre les dictatures d’Amérique latine.

Fils d’immigrés juifs ukrainiens, Juan Gelman est né le 3 mai 1930, à Villa Crespo, un quartier de Buenos Aires. Dès l’âge de quinze ans, il s’engage dans la Fédération des jeunes communistes. En 1955, il participe à la fondation du mouvement littéraire El pan duro, attaché à une poésie radicale. Dans les années 1960, il se lance dans le journalisme. Il milite avec les Montoneros, péronistes de gauche qui, à partir de 1970, s’engagent dans la lutte armée afin de provoquer le retour au pouvoir du général Perón, alors exilé en Espagne. En mars 1976 a lieu le coup d’État des militaires argentins dirigés par le général Videla. Gelman se trouve alors en mission à l’étranger, envoyé par les Montoneros pour dénoncer les violations des droits de l’homme sous le régime d’Isabel Perón (1974-1976). Il fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour son appartenance au groupe de guérilla péroniste. C’est le début d’un exil de treize ans, qui le conduira à Rome, Madrid, Managua, Paris, New York et Mexico. La répression exercée par la dictature de 1976 à 1983 fera entre vingt et trente mille desaparecidos. Dès le mois d’août 1976, le fils de Gelman, Marcelo, âgé de vingt ans, et sa belle-fille Maria Claudia, dix-neuf ans, enceinte de sept mois, militants de gauche, sont enlevés. Marcelo sera torturé et exécuté. Maria Claudia donnera le jour, en Uruguay, à une petite fille, Macarena, remise illégalement à la famille d’un policier, dans le cadre du plan Condor, le programme de répression organisé par les dictatures latino-américaines entre 1970 et 1980. Ce n’est qu’en 1990 qu’une amnistie permet le retour de Gelman dans son pays. Après avoir surmonté de multiples obstacles, il finira par retrouver Macarena, alors âgée de vingt-trois ans ; celle-ci, qui ne savait rien de ses origines, a repris par la suite le nom de ses parents biologiques. Quant au corps de Maria Claudia, il ne fut jamais retrouvé.

À partir de 1990, Juan Gelman s’installe au Mexique. Il y tient une chronique hebdomadaire dans le journal Milenio. Recueils poétiques, poèmes en prose, une pièce de théâtre, deux opéras, des articles de presse : son œuvre est abondante. Le recueil Dibaxu (1994) est écrit en judéo-espagnol. La poésie de Juan Gelman est marquée du signe de la douleur et de la mémoire. « L’amour, la révolution, l’automne, la mort, l’enfance et la poésie », tels étaient ses thèmes de prédilection. À partir de 1956, il a publié trente livres : entre autres, Gotán y otras cuestiones (1956-1962), Los poemas de Sidney West (1962-1971), De palabra : poesía III (1973-1989), Valer la pena (2001), Hoy (2013)… Plusieurs ont été traduits en français. Une tonalité sarcastique se manifeste dès Violín y otras cuestiones (1956), comme dans « Oraison » : « Notre Père,/ Qui es au ciel descends, j’ai oublié/ Les prières que m’enseignait ma mère-grand,/ La pauvre, elle repose maintenant,/ Elle n’a plus rien à laver, à nettoyer, elle n’a plus/ À s’inquiéter tout au long de la journée des vêtements,/ Elle n’a plus à veiller la nuit, égrenant les chagrins,/ Priant, te demandant des choses, te grondant doucement./ Du haut du ciel, descends, si tu y es, mais descends donc/ Car je me meurs de faim dans ce coin,/ J’ignore à quoi cela peut bien servir d’être né. »

Juan Gelman reçut, en 2005, le prix Reina Sofía de poésie ibéro-américaine. En avril 2008, le prix Cervantès lui fut décerné. Il est mort le 14 janvier 2014, à Mexico. 

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Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española

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Pour citer l’article

Bernard SESÉ, « GELMAN JUAN - (1930-2014) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/juan-gelman/