MINDSZENTY JÓZSEF (1892-1975)

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Toute sa vie, Joseph Mindszenty redouta la destruction des structures traditionnelles de la Hongrie, nation millénaire, vieux pays catholique. D'ou son opposition, de sa jeunesse à sa mort, aux mouvements de gauche et d'extrême gauche. Né à Csehmindszent, petit village transdanubien, fils d'une famille de paysans, Joseph Pehm (il fait magyariser son nom en 1941) est ordonné prêtre en 1915. Démêlés avec la république bourgeoise de 1918, conflit ouvert avec la république des Conseils de 1919 marquent les débuts de son engagement politique, encore limité à la ville de Zalaegerszeg, dont il restera le curé pendant vingt-cinq ans.

Joseph Mindszenty ne sort de l'anonymat qu'en 1944 quand, six jours après l'occupation allemande de la Hongrie, il est sacré évêque. Contrairement à plusieurs de ses confrères de la Conférence épiscopale, le nouveau titulaire de l'évêché de Veszprém se garde de prendre publiquement position au sujet des déportations massives des Juifs, déclenchées en avril dans le pays et notamment dans son département. En revanche, il rédige le mémorandurn que l'épiscopat adresse, le 31 octobre 1944, au gouvernement pronazi pour réclamer la fin de la guerre, « évitant ainsi une catastrophe nationale ». Arrêté, Mgr Mindszenty ne doit son salut qu'à la débâcle allemande et à l'arrivée des troupes soviétiques. La naissance d'une Hongrie républicaine et progressiste ne dit rien qui vaille à l'évêque de Veszprém, nommé primat après la mort de Mgr Serédi en 1945. D'autant moins qu'il se comporte en « régent du royaume ». En effet, une tradition millénaire réserve cette charge au primat pendant que le trône est vacant. Joseph Mindszenty se croit chef de la nation sans vouloir – ou pouvoir – comprendre que les changements politiques, économiques et sociaux intervenus dans son pays – comme partout en Europe de l'Est – après la Seconde Guerre mondiale ont un caractère irréversible. Le conflit avec le pouvoir est certain. En fait, le cardinal s'attend à l'épreuve. En 1946, Pie XII, dont il parle avec admiration dans ses Mémoires, ne lui a-t-il pas prédit que, parmi les trente-deux nouveaux membres du Sacré Collège nommés en même temps que lui, il sera le premier à subir le martyre ?

Les prises de position du cardinal Mindszenty contre la réforme agraire ou les nationalisations sont loin de faire l'unanimité chez les chrétiens hongrois. Mais son arrestation arbitraire, en décembre 1948, par un régime désormais contrôlé par les staliniens rentrés de Moscou, les conditions inhumaines de sa détention, l'organisation d'une sinistre comédie judiciaire le transforment en symbole de l'Église persécutée. Condamné en février 1949 à la prison à vie, il doit sa libération à l'insurrection d'octobre 1956. Son comportement pendant les événements de Budapest est souvent discuté : il veut jouer, une fois de plus, le rôle du « régent de royaume ». Le 4 novembre 1956, devant l'arrivée des chars soviétiques, il se réfugie à la légation (plus tard ambassade) des États-Unis d'Amérique à Budapest, pour y rester pendant quinze ans, installé dans une petite pièce.

L'« affaire Mindszenty » a préoccupé plusieurs gouvernements directement concernés, et tout d'abord le Saint-Siège, engagé, à partir du milieu des années 1960, dans sa politique d'ouverture à l’Est. En septembre 1971, le pape Paul VI obtient enfin du cardinal qu'il quitte l'ambassade. Après quelques semaines passées à Rome, comblé d'honneurs, le vieux prélat, plus intransigeant que jamais quant au communisme, constate non sans amertume que ses déclarations deviennent embarrassantes pour l'Église. Il préfère alors s'installer au séminaire hongrois de Vienne. En février 1974, humiliation ultime de la part du Saint-Siège : il se voit officiellement retirer le titre de primat de Hongrie. En octobre de la même année, il publie ses Mémoires, qui ne comprennent curieusement qu'un tiers du manuscrit original adressé pour avis au Vatican...

Au lendemain de sa mort, le 6 mai 1975, le pape Paul VI a déclaré que le prélat hongrois « fut et continuera sûrement d'être un symbole de contradictions, comme il fut l'objet à la fois de vénération et d'attaques violentes », en ajoutant « qu'une fois calmé le tumulte des passions et des polémiques, l'histoire saura former sur lui un jugement mieux équilibré et objectif ».

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Thomas SCHREIBER, « MINDSZENTY JÓZSEF - (1892-1975) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jozsef-mindszenty/