SUDEK JOSEF (1896-1976)

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De tous les photographes de l'École tchèque, Josef Sudek, surnommé le « chantre de Prague », apparaît comme un maître essentiel, un alchimiste, un sorcier de « l'étendue rêveuse [...] chez qui la contemplation de l'objet se colore d'un mystère de plus en plus intérieur » selon les termes de Jean-Claude Lemagny. Pour Sudek, l'acte photographique était une forme de subversion merveilleuse, d'herméneutique – une apologie du silence et de la mélancolie –, et c'est ce qui justifie, au cœur d'une Mitteleuropa tourmentée et meurtrie par l'histoire, la singularité de son œuvre – dépouillée, incandescente – dans la photographie du xxe siècle.

Fils d'un peintre en bâtiment, Josef Sudek naît le 17 mars 1896, à Kolin-sur-Elbe, petite ville de Bohême. Orphelin à deux ans, il est recueilli à Nové Dvory, avec sa mère Johanna et sa sœur Bozena, par un couple de cousins boulangers sans enfants : les Hylsky, qui décédèrent à leur tour très rapidement, léguant leurs biens à la famille Sudek. Josef fait des études de relieur à l'École royale des métiers, mais, c'est sans doute sous l'influence de sa sœur Bozena, qui avait choisi la photographie jusqu'au grade d'assistante professionnelle, qu'il tente ses premiers pas dans cette voie, avec un appareil très rudimentaire : de 1910 à 1914, il effectue surtout des autoportraits – dans lesquels il se livre au plaisir et à la fantaisie de la mise en scène et du déguisement –, des paysages, des images de Prague où viennent s'inscrire les motifs obsédants qu'il développera plus tard, le château de Hradcany, le pont Charles, le Théâtre national, des palais et des statues.

Appelé sous les drapeaux dans l'armée austro-hongroise en 1915, il est blessé sur le front italien en 1916 : après plusieurs opérations, il est amputé du bras droit.

De retour à la vie civile, Sudek se lie d'amitié avec le photographe et intellectuel Jaromir Funke qui l'introduit dans le monde des artistes pragois qui gravitent autour du café de l'Union. Ensemble, ils mèneront une vie un peu agitée, parcourront l'Europe et, avides de préoccupations esthétiques, fonderont en 1924, en compagnie d'un troisième amateur, Adolf Schneeberger, la Société tchèque de photographie. Durant cette période, entre 1922 et 1927, Sudek se consacre à une série sur l'Hôpital des vétérans et des invalides de guerre.

D'autres influences furent bénéfiques à l'évolution de Sudek : à l'École d'arts graphiques où il s'était inscrit en 1921 pour perfectionner son savoir-faire, il s'initie à la nature morte et suit les cours de Karel Novak, connaisseur d'Edward Weston et d'autres pionniers américains. Avec Drahomir Ruzicka, médecin fraîchement débarqué des États-Unis pour exposer à Prague ses photographies d'amateur accompagné de son maître à penser Clarence White, Sudek s'ouvre au mouvement pictorialiste. « Occupe-toi de saisir les ombres, le reste viendra tout seul », lui répétait Ruzicka. Il découvre également le cubisme en compagnie de l'artiste Emil Filla.

En 1927, Sudek loue un modeste atelier au no 432 de la rue Ujezd dans Mala Strana, qu'il partagera toute sa vie avec sa sœur et qui deviendra son sujet photographique de prédilection – son laboratoire de transmutation –, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. C'est là, dans ce repaire pittoresque que Sudek, fou de musique, crée ses « mardis musicaux » : les amis, les invités venaient entourer l'hôte « agenouillé près du gramophone [...] qui enchaînait les meilleurs morceaux d'une musique inspirée [...] de Bach et Vivaldi à Stravinsky et Webern ». Pour Sudek, en effet : « Si vous prenez la photographie au sérieux, vous devez aussi vous intéresser à une autre forme d'expression artistique. Pour moi, c'est la musique. Cette écoute constante de la musique se reflète dans mon travail, comme dans un miroir. Je me laisse aller, et le monde m'apparaît moins laid... »

Dès 1928, il connaît la notoriété avec la publication d'un recueil in-folio, intitulé Svaty Vit Saint-Guy (La Cathédrale Saint-Guy), composé de quinze épreuves photographiques, à l'occasion du dixième anniversaire de la République tchèque. Reconnu dans le cénacle des artistes pragois, il rejoint le Druzstevni prace, une coopérative qui regroupait écrivains, peintres, artisans. C'est au sein de ce collectif qu'il réalise, en 1932, à Prague, puis à Presbourg, une première [...]

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Écrit par :

  • : historienne de la photographie, département de la recherche bibliographique, Bibliothèque nationale de France

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PHOTOGRAPHIE (art) - Un art multiple

  • Écrit par 
  • Hervé LE GOFF, 
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Pour citer l’article

Elvire PEREGO, « SUDEK JOSEF - (1896-1976) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/josef-sudek/