KOUDELKA JOSEF (1938- )

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Josef Koudelka, qui restera à jamais le photographe des Gitans et du Printemps de Prague, voit le jour le 10 janvier 1938 à Boskovice en Moravie (Tchécoslovaquie). Vers 1952, un boulanger ami de son père l'initie à la photographie, qu'il pratique alors avec un appareil en bakélite. Encouragé par le photographe et critique Jiri Jenicek, il expose en 1961 pour la première fois ses photographies au théâtre Semafor à Prague. C'est là qu'il rencontre Anna Farova, qui devient une amie. Après des études à l'Université technique de Prague, il travaille comme ingénieur aéronautique de 1961 à 1967. De cette époque datent les vibrantes images de théâtre qu'il réalise à l'invitation d'Otomar Krejča, directeur du Divadlo Za branou, et son livre Ubu Roi (1966). La vie de Josef Koudelka bascule lorsqu'en 1968 les chars soviétiques pénètrent dans Prague. Il braque alors son objectif sur ses compatriotes massés autour des chars et suit les cortèges nocturnes en hommage à Jan Palach. Ses images, d'une grande intensité passent clandestinement à l'Ouest où elles sont récupérées par Elliott Ervitt, président de Magnum, avant d'être rapidement publiées dans la presse occidentale, accompagnées de la mention « PP » (photographe praguois). Son reportage, qui ne sera crédité de son nom qu'après le décès de son père en 1984 par peur des représailles, reçoit anonymement le prix Robert Capa en 1969.

Déterminé à s'exiler, Koudelka en 1970 quitte la Tchécoslovaquie pour Londres, un visa de trois mois en poche. Il vit en Angleterre jusqu'en 1979, puis à Paris. Il obtiendra la nationalité française en 1987. Ses images de Prague lui ont déjà assuré l'estime des photographes de l'agence Magnum dont il devient membre associé en 1971, tandis que se noue une grande amitié avec Henri Cartier-Bresson et Robert Delpire. Commencent alors les années nomades qui conduisent l'apatride baroudeur un peu partout en Europe. Tout en continuant son travail commencé en Tchécoslovaquie sur les gitans, il s'intéresse aussi à la vie quotidienne, aux fêtes religieuses et populaires en France, en Italie, en Angleterre, en Irlande, en Espagne et en Grèce. En 1975, Gitans : la fin du voyage, livre expressionniste devenu mythique, sort chez Delpire à Paris et chez Aperture à New York (Gypsies), tandis que le Museum of Modern Art de New York consacre à Koudelka une exposition personnelle.

En 1988, une exposition au palais de Tōkyō à Paris et un nouveau livre, Exils, relatent sa vision rugueuse de ces pays européens où il ne cesse de revenir et auxquels s'ajoutent, après la chute du Mur de Berlin, les pays de l'Europe de l'Est dont la Tchécoslovaquie où il retourne en 1990. Ses photographies de « l'invasion de Prague » sont alors exposées par Anna Farova et publiées pour la première fois dans son pays.

Depuis lors, Koudelka photographie essentiellement des paysages en panoramique, format qu'il a découvert à l'occasion d'une commande publique de la Datar en 1986 et qu'il a totalement réinventé, notamment pour son travail au long cours sur les paysages métallifères du Triangle noir. Révélant à la fois sa grande maîtrise du panoramique et sa fascination pour les paysages dévastés par la main humaine, son livre Chaos (1999) demeure un ouvrage d'une puissance lyrique exceptionnelle. Prix Nadar en 1975, grand prix national de la Photographie en 1987, Koudelka reçoit le grand prix Henri Cartier-Bresson en 1991 et le Cornell Capa Infinity Award en 2004. En 2002, son travail est consacré par une rétrospective aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles, par une monographie chez Delpire (2006) et chez Actes Sud (2012).

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Armelle CANITROT, « KOUDELKA JOSEF (1938- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/josef-koudelka/