DUNSTABLE JOHN (1385 env.-1453)

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Astronome et mathématicien anglais, surtout connu comme musicien : Primus inter pares selon Tinctoris qui, dans son Proportionale Musices (1477), rendit son nom célèbre dans l'Europe musicienne du xve siècle ; déjà de son vivant sa renommée était grande, car ses manuscrits ont été retrouvés à Rome, à Plaisance, à Bologne, à Modène, à Aoste, à Trente, à Munich, à Dijon...

Le style de Dunstable, comme celui de Leonel Power, de peu son aîné, ouvre la voie à l'école franco-flamande et d'abord à Binchois et Dufay, qui, aux dires de Martin Le Franc, dans Le Champion des dames (vers 1440), ont pris la « contenance anglaise » et le considéraient comme leur modèle. Dunstable « éleva le dialecte national anglais au niveau d'un style universel » (M. F. Bukofzer) qui marque l'abandon de l'Ars nova du xive siècle, ou plutôt qui lui infuse un sang neuf et tire des conséquences inédites de ses principes, assurant ainsi le passage à la musique de la Renaissance. À en croire une inscription dans un traité d'astronomie qui lui appartint, il fut chanoine et musicien du duc de Bedford (frère du roi d'Angleterre, Henri V, et beau-frère de Philippe le Bon). Le duc fut aussi régent à Paris pendant la minorité d'Henri VI de 1422 à 1435. Mais rien ne permet d'affirmer que Dunstable suivit son maître en France. Il a été vraisemblablement en rapport avec les bénédictins de St. Albans (Hertfordshire). C'est à Londres qu'il mourut ; il est enterré à St. Stephen's Walbrook dans la City.

De son œuvre, on possède notamment : six fragments de messe isolés ; six autres formant paires (dont Gloria et Credo sur le Cantus firmus Jesu Christe Fili Dei ; Credo et Sanctus sur Da gaudiorum præmia) ; deux messes cycliques d'attribution douteuse (Rex saeculorum, en l'honneur de saint Benoît, est aussi attribuée à Power par les manuscrits ; la seconde pourrait être de Benet) ; douze motets isorythmiques ; cinq pièces de paraphrase libre d'une mélodie liturgique ; trois chansons profanes (Puisque l'amour m'a pris en déplaisir, Durer ne puis et O rosa bella — laquelle est douteuse —, sur un poème italien de Giustiniani) ; enfin quatorze autres motets ou œuvres religieuses, dont un Magnificat à trois voix. Dunstable a certes composé des œuvres selon les formes traditionnelles de la messe et du motet, isorythmiques ou libres (ainsi, a-t-il fait siennes les conquêtes de l'Ars nova en matière de rythme — le hoquet par exemple — et de polyphonie, bien que son écriture soit plus simple et plus proche de la musique populaire), mais il a innové en étant le créateur du style qu'on appela consonant ou panconsonant. Bukofzer, qui, au début du xxe siècle, procéda à une édition de l'œuvre du musicien, écrit à ce sujet : « Il élimina du contrepoint les dissonances non préparées et les frictions entre les voix que l'on trouve encore dans ses premières œuvres, et il transforma les syncopes non préparées et dissonantes en suspensions préparées. Cette clarification du traitement de la dissonance, en même temps que l'harmonie anglaise traditionnellement riche expliquent l'impression générale, d'une nouveauté frappante, dans sa musique, celle de l'euphonie perpétuelle » (ainsi le motet déclamatoire Quam pulchra es où, en outre, le rythme de la déclamation du texte détermine celui de la musique). Une deuxième innovation concerne la forme de la messe : Dunstable et Power furent les premiers à relier les différentes parties de l'ordinaire grâce à un cantus firmus confié au ténor (messe cyclique) ; on retrouve ce ténor continu d'un morceau à l'autre et l'on sait à quel avenir long et brillant une telle technique était appelée. Les deux fragments de la messe Da gaudiorum praemia furent peut-être composés pour le couronnement d'Henri VI d'Angleterre comme roi de France, à Notre-Dame de Paris, en 1431. De plus, Dunstable intègre souvent la mélodie du plain-chant au superius en l'ornant parfois à un tel degré (colorations) qu'elle en devient méconnaissable ; une telle manière, où il excelle, engendre une ligne mélodique ample et variée. Dans la forme strophique, il n'accepte ni la répétition pure et simple d'un même mélisme ni le parti d'une mélodie totalement différente ; on peut tenir pour une innovation qu'il use de la variation, principe qui devint, au xvie siècle, essentiel pour la composition. Déjà, dans le Buxheimer Orgelbuch (xve s.), on trouve trois de ses œuvres transcrites pour orgue. Enfin, parmi les contemporains ou les successeurs immédiats de Dunstable, il faudrait citer une très longue liste de compositeurs anglais, tels J. Benet, Bloym, Forest, Richard Markham, John Bedingham, Robert Morton, Walter Frye (ces deux derniers à la cour de Bourgogne).

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Écrit par :

  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien

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Pour citer l’article

Pierre-Paul LACAS, « DUNSTABLE JOHN (1385 env.-1453) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-dunstable/