CLEVELAND JOHN (1613-1658)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Très célèbre en son temps par ses poèmes satiriques en faveur de la cause royaliste, John Cleveland, étudiant à Christ Church (Cambridge), s'y fit remarquer par son aptitude au latin, et devint, en 1634, fellow de St. John's où il enseigna pendant quinze ans. Il y acquit la réputation d'un debater accompli. Peu après le début de la guerre civile (1642), il quitta Cambridge et rejoignit le camp de Charles Ier à Oxford. C'est là qu'il composa le plus célèbre de ses poèmes, Le Rebelle écossais (The Rebell Scot), et un violent pamphlet en prose contre les partisans de Cromwell. À la chute du roi, on perd à peu près sa trace, mais plusieurs éditions de ses poèmes ont été publiées. Arrêté en 1655 près de Norwich, il est emprisonné pendant quelques mois. La fin de sa vie fut assez misérable : il mourut en avril 1658, trop tôt pour voir le retour des Stuarts.

Avant de sombrer dans un oubli dont ils émergent à peine, les poèmes de Cleveland furent longtemps populaires. On dénombre vingt-cinq éditions, de 1647 à la fin du xviie siècle, qui posent de nombreux problèmes d'authenticité : ils sont tous résolus dans l'excellente édition moderne de Brian Morris et Eleanor Withington (Clarendon Press, Oxford, 1967). Les poèmes satiriques, chargés d'allusions aux personnes et aux événements de son époque, n'ont d'intérêt pour nous que par leur style, que Dryden, cet apôtre du classicisme, ne trouvait pas assez « sérieux ». C'est que Cleveland, même lorsqu'il écrit de la poésie « métaphysique », s'amuse ; sa satire est cinglante et assaisonnée de mépris. Il a conscience de sa supériorité intellectuelle et de l'efficacité de la colère du poète : « On devrait craindre un poète quand il est courroucé, comme on craint la queue (barbe, dit l'anglais) flamboyante d'une comète ». Les colères de Cleveland vont aussi loin que celles des satiristes élisabéthains, et elles s'expriment dans un langage robuste et plein de surprises de rhétorique. Ainsi ne craint-il pas de fustiger Charles Ier dans Le Déguisement du roi (The King's Disguise, 1641), l'accusant de comploter contre son souverain, c'est-à-dire contre lui-même. Les extravagances du style, de la rhétorique, des images, des conceits n'engendrent que de l'admiration pour un tel jeu poétique qui frise le baroque, mais garde son individualité.

—  Henri FLUCHÈRE

Écrit par :

  • : doyen honoraire de la faculté des lettres et sciences humaines d'Aix-en-Provence

Classification

Autres références

«  CLEVELAND JOHN (1613-1658)  » est également traité dans :

CAVALIERS POÈTES

  • Écrit par 
  • Louis BONNEROT
  •  • 435 mots

Par une distinction sociale et politique plutôt que littéraire, on nomme poètes cavaliers, au milieu du xvii e siècle, les poètes profanes, antipuritains, qui ont appartenu au parti royaliste. Successeurs de Ben Jonson, ils tirent de lui des exemples de sobriété et de régularité qui préparent le classicisme ; ils continuent aussi la tradition pétrarquiste et élisabéthaine par leur goût de la musi […] Lire la suite

MÉTAPHYSIQUES POÈTES

  • Écrit par 
  • Robert ELLRODT
  •  • 3 063 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Donne et sa « lignée » »  : […] Ainsi la poésie de Donne nous jette avec une brusquerie dramatique dans un monde caractérisé par la perception dynamique du présent, la tendance à ramasser la durée dans l'instant, l'intuition concrète de l'éternité dans le temps, la projection des objets en premier plan dans un espace circonscrit. Et de même que ce poète acharné à se connaître est demeuré pour lui-même une énigme, de même l'unive […] Lire la suite

Pour citer l’article

Henri FLUCHÈRE, « CLEVELAND JOHN - (1613-1658) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-cleveland/