VILLÉGIER JEAN-MARIE (1937- )

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Né à Orléans en 1937, élève de l'École normale supérieure, Jean-Marie Villégier fait partie au début des années 1960, avec François Regnault, du groupe de la rue d'Ulm, qui participe aux rencontres organisées par Louis Althusser, avec Bernard Dort, autour de la révolution brechtienne et de l'idée d'un théâtre compris comme objet philosophique.

Ce n'est qu'assez tardivement (La Tentation de saint Antoine, d'après Flaubert, en 1974, après deux spectacles en collaboration avec Marcel Bozonnet : Léonce et Léna de Büchner, en 1969, et Héraclius de Corneille, en 1971) que Jean-Marie Villégier se consacre à la mise en scène. Agrégé de philosophie, il n'abandonnera l'enseignement universitaire qu'en 1985, année où il fonde sa propre compagnie, appelée l'Illustre Théâtre, en hommage à Molière.

La scène est avant tout pour Jean-Marie Villégier le lieu d'une réflexion sur le répertoire. Il a ainsi jeté son dévolu sur la période préclassique française. L'emblème de sa recherche est Corneille, en qui il décèle le paradoxe d'être le plus célébré et le plus ignoré des auteurs français. La démarche de Jean-Marie Villégier vise donc à exhumer tout un pan occulté de notre passé théâtral, très marqué d'ailleurs par le contact avec la culture italienne ou espagnole, à réévaluer la hiérarchie nationale fixée par la Comédie-Française lors de sa création par Louis XIV en 1680, puis par les manuels scolaires de la IIIe République. On lui doit donc d'avoir remis à la scène Sophonisbe de Corneille, par trois fois (entre 1980 et 1996), ou des auteurs de moindre renommée comme Mairet (Les Galanteries du duc d'Ossonne, 1987), Larivey (Le Fidèlle, 1989), Tristan L'Hermitte (La Mort de Sénèque, 1984), Rotrou (Cosroès, 1996) ou Lambert, dont il met en scène en 1992 La Magie sans la magie, datant de 1660.

Jean-Marie Villégier ne néglige pas pour autant les pièces plus souvent représentées, telles que Le Malade imaginaire (1990) et Le Tartuffe (1999) de Molière, Phèdre de Racine, jouée en 1992 avec les élèves du Théâtre national de Strasbourg (T.N.S.), Le Menteur (1995) ou L'Illusion comique (1996) de Corneille. De même, il se permet des incursions en dehors du Grand Siècle : il aborde Robert Garnier ou Marivaux, donne en personne des lectures du Drame de la vie de Restif de La Bretonne (1988), ressuscite l'œuvre du librettiste Favart (La Répétition interrompue et La Fée Urgèle, qu'il met en scène en 1991 à l'Opéra-Comique).

Sa collaboration avec l'orchestre des Arts florissants, dirigé par William Christie, s'inscrit encore dans le répertoire baroque, prolongeant avec l'opéra, la tragédie lyrique, son exploration du xviie siècle (Atys, de Lully, 1987, qui remporte un succès considérable et consacre l'engouement pour la musique baroque ; Médée, de Marc-Antoine Charpentier, 1993), poussant là aussi jusqu'au siècle suivant (Hippolyte et Aricie, de Rameau, 1996).

Si Villégier attache une grande importance à la diction, à la déclamation, en réaction à la « psychologisation » du texte, si Patrice Cauchetier, son costumier attitré, s'inspire directement des gravures et des techniques d'époque, on ne saurait réduire cette démarche à celle d'un théâtre « d'archives », visant à l'impossible restitution des conditions de jeu du siècle de Louis XIV. En matière de décors notamment, Villégier ne dédaigne pas le symbole, la double signification (l'ossature d'un théâtre posée au milieu de nulle part pour L'Illusion comique ; une voûte en verdure, réalisée par le décorateur Casaba Antal pour La Magie sans la magie de Lambert, évoquant aussi bien la clôture de la tonnelle que l'ouverture vers l'infini de l'observatoire). Par ailleurs, s'il récuse la notion de « discours » tenu sur l'œuvre par une mise en scène, il aime à éclairer celle-ci d'un jour nouveau. Ainsi, sa version du Malade imaginaire, tenant compte de la partition musicale dans son intégralité et de la totalité des ballets écrits pour l'occasion, ne relève pas de la gratuité ni du caprice de puriste : on y découvre une opposition entre la classe bourgeoise, fermée sur elle-même, et les divertissements de la cour, à tel point que la première semble malade des fastueux excès de la seconde. C'est bien d'une recherche sur les éléments originaux de la représentation que peut naître ici un approfondissement du sens.

De 1990 à 1993, Jean-Marie Villégier dirige le T.N.S. et son école. Au te [...]

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  • : écrivain, metteur en scène, maître de conférences à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

David LESCOT, « VILLÉGIER JEAN-MARIE (1937- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-marie-villegier/