DEWASNE JEAN (1921-1999)

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Né le 21 mai 1921 à Hellemmes-lès-Lille, le peintre Jean Dewasne commence à dessiner dès l'adolescence, lorsque le lycée et ses études de musique lui en laissent le loisir. Pendant plusieurs années, il travaille d'après le plâtre et le nu et peint des tableaux pointillistes. Entré à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, il suit des cours d'architecture, copiant les monuments anciens et réalisant surtout des projets modernistes, uniquement pour mieux se préparer à la peinture. Il gagne alors sa vie en pratiquant différents métiers manuels, et devient successivement professeur de perspective, assistant de cinéma, journaliste de vulgarisation scientifique...

Intégré à l'équipe de la galerie Denise René en 1945, membre du comité fondateur du Salon des réalités nouvelles en 1946, l'année où il reçoit le prix Kandinsky, attribué pour la première fois, il emploie encore la technique traditionnelle de l'huile. Sa palette est dominée par des harmonies sombres – noir, brun, bleu-vert foncé et rouge garancé. Son œuvre est marquée par une abstraction à tendance géométrique : des assemblages de formes découpées faisant référence au postcubisme. Mais sa volonté d'obtenir une technique qui puisse rivaliser avec celles de l'industrie l'amène à rompre avec les facilités de la peinture traditionnelle et à adopter des matériaux – peintures glycérophtaliques, laques, émail à froid, Ripolin – et des supports nouveaux – contreplaqué, métal – en même temps que des procédés mécanisés comme la peinture au pistolet ; il est nécessaire de rappeler aujourd'hui qu'il fut en ces domaines un précurseur. Après son Traité de la peinture plane écrit en 1949 et afin de « faire connaître la rigueur et la puissance d'un art nouveau », il fonde en 1950, avec le peintre Edgar Pillet, l'Atelier d'art abstrait à l'Académie de la Grande-Chaumière à Paris. En théoricien rigoureux, il consacre son enseignement à la « technologie de la peinture », ce qui lui permet d'approfondir ses connaissances dans le domaine de la physique et de la chimie des couleurs. Bien qu'influencé un temps par Herbin, comme nombre d'artistes de sa génération, c'est au tout début des années 1950 que sa technique à l'exécution précise ainsi que son style aux aplats géométriques de couleurs vives et brillantes comme un vernis se mettent définitivement en place. Son projet social de grandes peintures murales, comme La Joie de vivre (1949), dépasse le statut de proposition utopiste lorsqu'il peint en 1951 L'Apothéose de Marat qui prend, malgré lui, figure de manifeste. Parmi les artistes proches du Parti communiste français, soucieux de mettre leur art au service de la classe ouvrière en plein débat sur le réalisme socialiste, Dewasne montre qu'il y a place pour une peinture moderne et pour d'autres voies que celles d'une figuration académique plagiant les compositions de Géricault et de David...

Son enthousiasme pour la beauté brute et fonctionnelle de la production industrielle le conduit à réaliser au même moment ce qu'il nomme les antisculptures qui utilisent des éléments de carrosseries automobiles ou de motos qu'il incurve et peint au pistolet avec des couleurs vives. L'originalité de ses créations réside dans le rapport de la forme, de la couleur et de l'espace, comme en témoigne Le Tombeau d'Anton Webern en 1952. Peut-être en raison d'un désintérêt du public pour l'abstraction géométrique, il se rend en Amérique du Sud pour une série de conférences qui lui permettent de diffuser à d'autres publics ses théories et ses convictions plastiques. De retour à Paris en 1955, il assiste au triomphe de l'abstraction lyrique mais poursuit avec une remarquable rectitude son travail que présente Daniel Cordier dans la galerie qu'il ouvre en 1956. En 1968, Jean Dewasne représente la France à la biennale de Venise après une première rétrospective à la Kunsthalle de Berne en 1966 ; les gigantesques peintures murales occupent désormais une place prépondérante dans son œuvre : décoration au stade de Grenoble (1967), La Grande Marche (100 m de longueur par 2 m de hauteur) pour l'université de Lille (1968-1969), Grenoble 70 pour une salle du musée de Grenoble, une décoration de 300 mètres pour le métro de Hanovre (1975), quatre peintures de 100 mètres de hauteur pour la Grande Arche de la Défense (1986-1990). Ces nombreuses réalisations font de Jean Dewasne le successeur de [...]

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Philippe BOUCHET, « DEWASNE JEAN - (1921-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-dewasne/