TORCY JEAN-BAPTISTE COLBERT marquis de (1665-1746)

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Fils aîné de Charles Colbert, marquis de Croissy, Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy en Brie, fut, pendant les dix-neuf années où il exerça la charge de secrétaire d'État aux Affaires étrangères, l'un des hommes les plus importants de l'Europe. Il fit d'excellentes études au collège de la Marche à Paris, soutint une thèse de philosophie et commença son instruction diplomatique sous la direction de son père. Il fut envoyé en mission pendant deux ans (1684-1686) afin de connaître l'Europe, les méandres des cours et le personnel gouvernemental. Il séjourna ainsi au Portugal, en Espagne, au Danemark, à La Haye, en Allemagne, en Suède, à Vienne, à Munich, à Rome et, enfin, en Angleterre. En 1696, à la mort de son père, le roi, qui lui avait assuré la survivance de sa charge, lui fit partager la responsabilité des affaires étrangères avec Pomponne ; celui-ci lui donna sa fille en mariage pour sceller cette collaboration. Il ne fut admis au conseil qu'en 1699 à la demande de son beau-père. Ils dirigèrent ensemble les négociations de Ryswick avec les Provinces-Unies, la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Empire ; ces traités marquent le ralentissement de l'expansion territoriale de la France, mais consacrent l'annexion définitive de Strasbourg. Suivent, entre 1697 et 1700, les divers accords de partage de l'Espagne et de son empire de façon à réaliser un nouvel équilibre européen. Après la mort de Pomponne en 1699, Torcy devint l'unique ministre des Affaires étrangères. Il conseilla au roi d'accepter le testament du roi d'Espagne et de Sicile, Charles II, qui n'avait pas d'enfants : voulant maintenir l'intégralité de ses possessions, il les donnait à Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV. Les traités de Ryswick appelaient une revanche : un Bourbon sur le trône d'Espagne garantirait les frontières nord et sud et constituerait l'allié privilégié de la France ; les partages avantageux proposés par les Anglo-Hollandais entraîneraient aussi, inévitablement, la guerre, le Habsbourg devenu roi d'Espagne cherchant par tous les moyens à réunifier ses territoires. Les puissances maritimes dirigées par les riches milieux d'affaires de la Cité de Londres et l'intransigeant parti whig redoutaient les progrès de la France sur le plan commercial et colonial et désiraient l'isoler pour mieux la réduire et la dépouiller de ses marchés. De quelque côté que l'on se tournât, la guerre se préparait. Le grand mérite de Torcy fut de le comprendre, celui de Louis XIV de l'écouter et de le suivre. Cette guerre de Succession d'Espagne fut difficile et faillit conduire au désastre financier et militaire. En 1709, Torcy négocia avec l'intraitable Heinsius, grand pensionnaire de Hollande qui voulait contraindre Louis XIV à détrôner son petit-fils. Quelques victoires françaises, l'accession au pouvoir des tories, plus pacifistes, et celle à Vienne de l'archiduc, susceptible de reconstituer l'Empire de Charles Quint en cas de succès de la coalition, permirent à Torcy d'aboutir à la signature du traité d'Utrecht, en 1713, avec les Anglo-Hollandais, bientôt suivi de celui de Rastatt conclu avec les puissances continentales. Ces traités assuraient un équilibre raisonnable en Europe, des frontières solides pour la France, mais reconnaissaient à l'Angleterre la suprématie maritime. Torcy travaillait avec le maréchal de Villars à une alliance catholique constituée autour d'un axe Paris-Madrid-Vienne contre les puissances maritimes et protestantes. La mort de Louis XIV et bientôt celle de la reine Anne aboutirent à un renversement des alliances. Torcy donna sa démission, mais participa au Conseil de régence où il assurait la correspondance diplomatique ; il était en effet surintendant des Postes. Membre de l'Académie des sciences en 1718, il prit sa retraite en 1721 et rédigea des Mémoires pour servir à l'histoire des négociations de Ryswick à Utrecht. Il communiqua ses travaux à ses amis Saint-Simon et Voltaire qui les utilisèrent scrupuleusement.

Administrateur accompli, aimant l'ordre et l'efficacité, il poursuivit l'organisation du ministère des Affaires étrangères, et notamment des archives, qu'avait entreprise son père. En 1712, il fonda une école diplomatique dont il composa les programmes. Calme et courtois, à la différence de ses ancêtres, [...]

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Jean-Marie CONSTANT, « TORCY JEAN-BAPTISTE COLBERT marquis de (1665-1746) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-baptiste-torcy/