JAYAVARMAN II (770?-850), roi khmer (821-850)

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L'un des plus grands rois du Cambodge ancien. Aucune inscription marquant l'une de ses fondations propres n'a été retrouvée jusqu'à ce jour, mais les documents ultérieurs parlent de Jayavarman II en tant que fondateur de la puissance angkorienne ; c'est ainsi qu'il est également un des rois dont on connaît le mieux la carrière, particulièrement bien remplie.

Il a dû naître vers 750 chez les Javâs — ce nom, sans doute ethnique, pouvant représenter aussi bien des Malais que des Javanais, ou encore d'autres Indonésiens — d'une famille princière khmère déportée là une ou deux générations auparavant, alors qu'elle occupait le trône de Çambhupura (l'actuel Sambor sur le Mékong) ; il semble qu'alors le roi de Vyâdhapura (royaume centré autour de l'actuel Prei-Veng) ait annexé Çambhupura, tout en acceptant de se considérer comme le vassal des Javâs — ce qui devait consister à leur verser un tribut.

Un peu avant 770, le futur Jayavarman II débarque sur le territoire khmer et s'empare du royaume de Vyâdhapura, où il fait célébrer, par un de ses premiers partisans qui deviendra un grand du royaume, Prithivinarendra, une cérémonie tendant à le libérer, magiquement, de l'entreprise des Javâs ; il ne tardera pas, vraisemblablement, à se rendre maître du royaume de Çambhupura, et il choisira alors comme capitale Indrapura, qui a été localisée sur le site de Bantéay Prei Nokor, à 35 kilomètres environ au sud-est de Kompong Cham, entre les deux royaumes qu'il avait conquis. Une fois bien implanté sur le territoire khmer, il laisse son fils Indrâyudha sur la frontière orientale pour protéger son domaine contre une attaque éventuelle des Chams ; puis, marchant vers le nord, il s'empare du royaume de Çreshthapura, situé dans le sud du Laos actuel, dont le centre, marqué par le monument de Vat Phu et dominé par la « montagne du linga », contient nombre de traces de la piété des rois khmers à son égard. De là, il repart vers l'ouest, en suivant sans doute la base méridionale de la chaîne des Dang-Rêk, beaucoup plus peuplée alors qu'aujourd'hui, et arrive dans la région d'Angkor, centre du royaume d'Aninditapura ; il s'installe dans la ville de Hariharâlaya, peut-être alors capitale de ce royaume, située à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Siem-Réap, mais pour peu de temps ; il poursuivra sa conquête du royaume d'Aninditapura, s'emparant en même temps de celui de Malyang, par une campagne dans le Nord-Ouest, c'est-à-dire dans l'actuelle province de Battambang ; sans doute pour consolider son pouvoir, il fonde une ville, Amarendrapura, dont le site exact n'a pas été retrouvé, implantant dans cette région toute une colonie de gens de Vyâdhapura, jugés sûrs. Il est alors le maître de la plus grande partie du Cambodge actuel, car il est probable que le roi de Bhavapura, dont le domaine avait pour centre le site de Sambor Prei Kuk, l'ait entre-temps reconnu comme suzerain ; il est moins sûr qu'il ait dominé la région de Ta Kéo, au sud de Phnom Penh, qui pourtant pouvait appartenir, au moins en partie, au royaume de Vyâdhapura ; la région des Cardamomes, sans doute aussi inhabitée à cette époque qu'à la nôtre, ne devait guère l'intéresser.

Jayavarman II revient dans la région d'Angkor et s'y fait consacrer roi des rois khmers au sommet du mont Kulên, appelé alors la « montagne du grand Indra », en 802 ; il y fait célébrer en même temps une cérémonie solennelle « telle qu'elle rendît impossible pour ce pays-ci des Kambujas toute allégeance vis-à-vis des Javâs, telle qu'elle rendît possible l'existence d'un maître sur la terre absolument unique ». Puis il s'installe de nouveau et définitivement, à Hariharâlaya. Se considérant peut-être comme trop âgé, il laisse à ses fidèles compagnons le soin de réprimer les révoltes ; c'est ainsi qu'il envoie Prithivinarendra dans le royaume de Malyang, vers 810 ; il y eut d'autres troubles sans doute. Les sources chams rapportent qu'ils firent eux-mêmes plusieurs incursions assez profondes chez les khmers, à partir de Phan Rang, dans les années qui ont précédé 817. Jayavarman II mourut après 830, à un âge fort avancé ; c'est son fils, Jayavarman III, qui lui succéda.

On présente souvent Jayavarman II comme le « libérateur » du Cambodge : c'est un jugement qui demande à être tempéré ; si les khmers en général ont vu sans déplaisir l'affranchissement de la tutelle des Javâs, les rois khmers ont dû trouver sensiblement plus lourde la suzeraineté de Jayavarman II, et cela avec d'autant plus d'amertume que chacun d'eux, s'il l'avait voulu ou pu, aurait eu le droit de prétendre au même empire ; ainsi s'expliquent les révoltes, comme le fait que Jayavarman III paraît avoir exercé une suzeraineté toute nominale sur les royaumes autres que celui d'Aninditapura ; le roi Indravarman, son successeur, a épousé une descendante de la famille que son père avait évincée du trône de Çambhupura et de Vyâdhapura.

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  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (sciences historiques et philologiques)

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Pour citer l’article

Claude JACQUES, « JAYAVARMAN II (770?-850), roi khmer (821-850) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jayavarman-ii/