JAUFRÉ RUDEL (1130-1170)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Prince de Blaye, Jaufré Rudel prend part à la IIe Croisade en compagnie d'Alphonse Jourdan, comte de Toulouse, de Guillaume Taillefer, comte d'Angoulême, de Hugues VII de Lusignan, comte de la Marche. Marcabru, dans la seconde moitié de l'année 1148, envoie sa chanson Cortezament vuelh comensar à Jaufré Rudel ultra mar. On a pensé que Jaufré était revenu chez lui pour retourner une seconde fois en Terre sainte, où il serait mort au siège de Damas en 1149. Il semble qu'il soit effectivement tombé amoureux d'une dame établie en Orient, et que, pour des raisons matérielles ou pour des motifs psychologiques, cet amour soit resté un amour de loin. En tout cas, la légende de l'amour lointain s'établit de bonne heure, comme l'atteste la notice biographique des Vida (xiiie s.). Pétrarque en est profondément impressionné, qui parle (Trionfi III) de Giaufrè Rudel, ch'usò la vela e'l remo a cercar la sua morte (Jaufré Rudel, avec la voile et la rame à la recherche de sa mort). Le poète catalan Huc Bernat de Rocabertí, dans sa Comedia de la gloria d'amor (1460 env.) évoque Rudel en compagnie de Tristan, d'Arnaut Daniel, de Bernart de Ventadorn et de Dante. Le romantisme a fait de Jaufré un de ses héros, de Uhland et de Heine en Allemagne à Carducci en Italie et à Edmond Rostand en France (La Princesse lointaine). La simplicité du style et la sincérité de l'inspiration, un climat d'intimité et de recueillement ont fait le succès des poèmes de Jaufré, qui se caractérisent aussi par une profondeur mystique certaine — à tel point qu'on a vu dans la dame lointaine la Vierge Marie, interprétation qui est néanmoins à rejeter. L'intensité du sentiment poétique provient, en tout cas, de la lancinante nostalgie de l'absence — un des éléments du joi d'amor —, suivant le mot de saint Bernard : Ubi viget amor, ibi viget languor si absit quod amatur (« Où règne l'amour, règne aussi la langueur si l'objet aimé est absent »).

—  Charles CAMPROUX

Écrit par :

Classification


Autres références

«  JAUFRÉ RUDEL (1130-1170)  » est également traité dans :

MOYEN ÂGE - La poésie lyrique

  • Écrit par 
  • Daniel POIRION
  •  • 5 697 mots

Dans le chapitre « Poètes-musiciens des pays d'oc »  : […] de la Dame, soumission et timidité de l'amant, lutte contre les médisants (lauzengador). Jaufré Rudel (1130-1170) pousse le raffinement du désir jusqu'à la rêverie de l'amour lointain et impossible. Bernard de Ventadour (1145-1180), fils de serviteur, a voulu surmonter par son mérite poétique la distance sociale qui le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/moyen-age-la-poesie-lyrique/#i_40434

OCCITANES LANGUE ET LITTÉRATURE

  • Écrit par 
  • Pierre BEC, 
  • Charles CAMPROUX, 
  • Philippe GARDY
  •  • 7 508 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Littérature d'une langue »  : […] avec ce qui précède (sinon dans la forme et le style) constitue un nouvel art d'aimer. Cet art d'aimer, débattu et infléchi dans des directions diverses par les premiers troubadours : Jaufré Rudel, Marcabru, Cercamon, Bernard Marti, aboutira à la fin'amor grâce au joy, jeu et joie d'amour. Cette fin'amor emprunta la forme de la canso pour […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/langue-et-litterature-occitanes/#i_40434

Pour citer l’article

Charles CAMPROUX, « JAUFRÉ RUDEL (1130-1170) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jaufre-rudel/