YELLEN JANET (1946-    )

Lorsqu’elle entame, en janvier 2014, son mandat de présidente de la Réserve fédérale (Federal Reserve System), la banque centrale des États-Unis, Janet Yellen devient la première femme à occuper ce poste. Elle n’est pas pour autant la première femme à la tête d’une grande banque centrale puisqu’elle a été précédée de quelques mois par Elvira Nabiullina, nommée en juin 2013 à la tête de la banque centrale de Russie.

Janet Yellen

Janet Yellen

photographie

Dès sa vice-présidence en 2010, puis comme présidente de la Réserve fédérale des États-Unis à partir de 2014, Janet Yellen s'est montrée favorable à une politique monétaire accommodante, c'est-à-dire à des taux d'intérêt bas. 

Crédits : Alex Wong/ Getty Images

Afficher

Keynésienne et proche du parti démocrate

Pour Janet Yellen, souvent présentée, avec Angela Merkel, la chancelière allemande, comme l’une des deux femmes les plus puissantes de la planète, cette nomination est le couronnement d’une longue carrière d’économiste.

Janet Yellen est née le 13 août 1946 à New York, dans une famille dont les ancêtres ont fui la Pologne et ses pogroms. En 1971, elle obtient un doctorat (Ph D) en économie à l’université Yale. Son directeur de thèse est James Tobin, le célèbre prix Nobel dont l’idée de taxe sur les transactions financières a alimenté et alimente encore débats et fantasmes. Tobin fait d’elle une keynésienne convaincue, une enseignante respectée et une libérale au sens américain du terme, c'est-à-dire un défenseur des idées de la gauche de gouvernement. Devenue professeur à Harvard, elle est repérée très tôt par les équipes de la Réserve fédérale qu’elle rejoint en 1977. Ce premier passage est bref puisque, dès 1978, elle regagne l’université, cette fois à Berkeley, en Californie. Il n’en reste pas moins marquant pour elle, car elle y rencontre George Akerlof, économiste également, qui partage ses idées et bientôt également sa vie. Akerlof obtiendra le prix Nobel d’économie en 2001.

Parmi les éléments qui soudent le couple figure une communion de pensée en matière économique. Yellen et Akerlof sont tous deux keynésiens et axent leur réflexion concernant la politique économique sur l’« arbitrage de Phillips ». Selon cet arbitrage, il n’existe aucun risque d’inflation, donc aucune raison de durcir la politique monétaire en faisant durcir les taux, tant que le chômage est supérieur à un certain seuil. Quant à leur positionnement politique commun, il les rapproche du parti démocrate. Janet Yellen s’engage aux côtés de Bill Clinton et dirige l’équipe de ses conseillers économiques entre 1997 et 1999.

La carrière à la Réserve fédérale

En 2004, elle accepte la présidence de la branche californienne de la Réserve fédérale, représentant plusieurs États de l’ouest du pays. Au sein des instances de la banque centrale, elle passe pour la porte-parole des « colombes », les partisans d’une vision souple de l’action monétaire, d’inspiration keynésienne, face aux « faucons », les monétaristes que la moindre dérive des prix alarme. Elle affirme régulièrement la nécessité d’utiliser l’arme monétaire non seulement dans la lutte contre l’inflation, mais également en cas de ralentissement économique dans la lutte pour le plein emploi.

Après 2004, elle devient l’un des personnages clés de la Réserve fédérale, alors dirigée par Alan Greenspan. Leurs rapports sont courtois mais distants. Le mélange de mystère et d’esbroufe qui assure à Greenspan un statut de vedette agace et inquiète Janet Yellen. Chef de file des colombes, elle met néanmoins en garde contre les risques de formation d’une bulle immobilière du fait d’une politique monétaire trop laxiste.

Ce positionnement la rapproche de Ben Bernanke, qui devient président de la banque centrale après le départ de Greenspan en 2006 et la nomme vice-présidente en 2010. Elle apporte alors son soutien à la politique de quantitative easing (« assouplissement quantitatif ») menée par Bernanke. L’assouplissement quantitatif désigne des mesures de politique monétaire que les spécialistes qualifient de non conventionnelles pour relancer la dynamique économique : en débarrassant les banques de certains actifs plus ou moins douteux, améliorant ainsi la sûreté de leurs bilans, la banque centrale les incite à prêter davantage aux entreprises.

Depuis 2014, Janet Yellen a poursuivi la politique d’assouplissement quantitatif, dont le bilan est pourtant mitigé. Certes, le taux de chômage est de nouveau très faible aux États-Unis (moins de 5 p. 100), mais la croissance ne parvient pas à retrouver le niveau qu’elle atteignait avant 2008. Le bilan de la Réserve fédérale représente environ un quart du produit intérieur brut (PIB) des États-Unis, alors qu’il n’était que de 10 p. 100 avant la crise de 2008 ; or les taux d’intérêt extrêmement bas finissent par laminer les rendements bancaires : la marge de manœuvre dont dispose sa présidente, Janet Yellen, pour éviter une nouvelle crise financière est donc plus que jamais étroite.

—  Jean-Marc DANIEL

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Écrit par :

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean-Marc DANIEL, « YELLEN JANET (1946-    ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 octobre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/janet-yellen/